Virus Zika: Sanofi se lance dans la course au vaccin

RECHERCHE C’est le premier grand fabricant de vaccins à annoncer un programme de recherche sur Zika…

20 Minutes avec AFP

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L'usine de Sanofi Pasteur, le 26 novembre 2012 à Val-de-Reuil, dans l'Eure
L'usine de Sanofi Pasteur, le 26 novembre 2012 à Val-de-Reuil, dans l'Eure — Charly Triballeau AFP

Le géant français des vaccins, Sanofi Pasteur, s’est lancé mardi dans la course mondiale contre le virus Zika, espérant avoir une longueur d’avance sur la concurrence grâce à son savoir-faire contre la dengue notamment, un virus de la même famille.

C’est le premier grand fabricant de vaccins à annoncer un programme de recherche sur Zika, au lendemain de « l’urgence de santé publique de portée mondiale » décrétée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur cette épidémie, qui s’attend à une propagation « explosive » dans les Amériques, avec 3 à 4 millions de cas cette année. Au Brésil, 1,5 million de cas ont déjà été recensés.

Trop tôt pour prédire le calendrier de la recherche

Il n’existe à ce jour aucun remède contre ce virus, suspecté de provoquer des malformations congénitales, notamment des microcéphalies, chez les nourrissons nés de mères contaminées lors de leur grossesse, et d’être aussi lié au syndrome neurologique de Guillain-Barré (SGB).

« Il est encore trop tôt pour prédire le calendrier de la recherche, du développement et de la commercialisation » d’un vaccin contre Zika, a déclaré Nicholas Jackson, le directeur de la Recherche de Sanofi Pasteur, dans un entretien mardi à l’AFP, rejoignant l’avis d’un haut responsable sanitaire américain la semaine dernière.

Un savoir-faire en matière de technologie

Développer un nouveau vaccin de A à Z prend en moyenne plus de dix ans. Néanmoins la division vaccins de Sanofi a bon espoir d'« accélérer significativement » les recherches sur Zika, en capitalisant notamment sur son savoir-faire en matière de technologie, de recherche et de production de Dengvaxia, le premier vaccin au monde contre la dengue mis sur le marché en décembre dernier, a souligné M. Jackson.

Dengvaxia a nécessité vingt ans de recherches et 1,5 milliard d’euros d’investissements. Or, Zika et la dengue appartiennent à la même famille des Flavivirus, qui comprend également le chikungunya, et qui se transmettent par des moustiques de la même espèce.

Des partenariats publics et privés

M. Jackson n’était pas en mesure de donner une estimation des investissements anticipés par Sanofi Pasteur pour développer une parade contre Zika, se bornant à indiquer que les efforts financiers allaient être « significatifs ». Cependant les coûts pourraient être réduits grâce aux infrastructures déjà mises en place pour Dengvaxia, a-t-il précisé.

Sanofi Pasteur est par ailleurs ouvert à des partenariats avec d’autres acteurs dans les vaccins, publics comme privés, qui s’impliqueraient également dans la lutte contre Zika, a encore dit M. Jackson, insistant sur la nécessité d’un « effort global » pour agir au plus vite.

Les recherches de GlaxoSmithKline

L’expérience de Sanofi Pasteur contre la dengue est « un atout certain » pour s’attaquer à Zika, confirme Vincent Genet, spécialiste santé de la société de conseil Alcimed, interrogé par l’AFP. Mais plusieurs autres géants pharmaceutiques ont des vaccins contre la dengue en préparation, et pourraient ausssi mettre à profit leurs recherches en la matière pour développer un vaccin contre Zika, estime M. Genet.

C’est le cas notamment de GlaxoSmithKline, le grand rival de Sanofi Pasteur. Si GSK n’a pas de candidat-vaccin contre Zika en développement à l’heure actuelle, il évalue lui aussi ses plateformes technologiques, lesquelles « pourraient potentiellement être adaptées pour travailler à un vaccin contre Zika », a dit à l’AFP une porte-parole du groupe britannique.

Les Etats-Unis et la Corée du Sud sur le coup

Aux Etats-Unis, l’Institut américain des allergies et maladies infectieuses (NIAID) travaille sur deux approches pour mettre au point un vaccin anti-Zika. La première est basée sur l’ADN, une stratégie similaire à celle suivie contre le virus du Nil occidental, la seconde vise à utiliser un virus affaibli pour provoquer une réaction immunitaire, l’option qui a fonctionné contre la dengue.

Fin janvier, une société de biotechnologie sud-coréenne, GeneOne Life Sciences, et une société américaine, Inovio Pharmaceuticals, ont annoncé un programme de recherche commun pour tester et développer un vaccin à ADN contre Zika, actuellement en phase préclinique.