Essai thérapeutique à Rennes: Un habitué des essais Biotrial révèle les conditions du test

RECHERCHE Après une visite médicale poussée, il n’avait pas été sélectionné pour participer à l'essai thérapeutique dans lequel un patient s'est retrouvé en état de mort cérébrale…

R.S.

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Vue extérieure des locaux de Biotrial à Rennes où six patients ont participé à un essai thérapeutique.
Vue extérieure des locaux de Biotrial à Rennes où six patients ont participé à un essai thérapeutique. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Pour une question de fréquence cardiaque un peu trop élevée, Florent* a peut-être échappé à la mort. Ou du moins à de graves problèmes neurologiques, comme certains volontaires actuellement hospitalisés après avoir participé au test d’un médicament sous la coupe du laboratoire Biotrial à Rennes. Le jeune homme faisait partie des candidats à l’essai thérapeutique, avant d’être recalé par le corps médical. « J’étais à 120 pulsations au repos parce que j’étais stressé. Il ne fallait pas dépasser 100 pulsations. »

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Après avoir effectué plusieurs études au sein de ce labo ces cinq dernières années, il était donc prêt à tester le BIA 10-2474, « un produit en cours de développement qui augmente le taux cérébral des endorphines (substances produites par le corps et pouvant jouer un rôle dans le traitement de différentes affections médicales allant des troubles de l’anxiété aux troubles moteurs de la maladie de Parkinson, mais également dans le traitement des douleurs chroniques, de la sclérose en plaques ou encore dans le traitement de l’obésité) », indique la société dans le descriptif de son étude. Indemnité annoncée : 4 000 euros.

Le descriptif de l’étude :

En découvrant les conséquences de ce drame sanitaire à la télévision, ce vendeur d’une trentaine d’années réalise ce qui aurait pu lui arriver. « Je me dis que je ne suis pas passé loin de ça [du drame]. J’ai déjà participé à quatre études. A chaque fois, j’ai réussi les tests [médicaux] de sélection. Là, ils m’ont refusé. S’ils m’avaient pris, j’y serais allé. Il y a des gens que j’ai vus qui étaient dans le groupe, forcément. »

« Personne là-bas n’a l’impression de mettre sa vie en danger »

Habitué des essais thérapeutiques, Florent reconnaît que l’argent était sa seule motivation. Il avait décidé récemment de ne plus répondre au laboratoire à cause des contraintes de protocole des expérimentations. Habitant à plus de 150 km de Rennes, il devait poser des congés pour se rendre aux rendez-vous. « C’est loin, et il faut se libérer pour certaines dates précises. Deux fois 14 jours, pas forcément les week-ends. Avant j’étais au chômage, ça allait. Mais depuis que je travaille, je le fais sur mes congés. »

Au cours des différents tests, il n’a jamais eu l’impression de prendre des risques, même s’il avait connaissance des possibles effets secondaires des molécules ingérées. « On nous avertit. A la première visite de sélection, on nous donne un document de 13 pages. Il faut lire, le signer. On nous explique à quoi sert le médicament, sur quels animaux il a été testé. Si d’autres gens l’ont fait avant. On prend un risque, mais on l’assume. Personne là-bas n’a l’impression de mettre sa vie en danger. Je n’avais pas peur », témoigne le testeur qui aurait conseillé à n’importe qui de faire ces tests jusqu’à aujourd’hui. « Si on se renseigne un peu, il n’y a jamais eu d’accident en France avant. Le risque était quand même minime. » Mais réel apparemment.

* Le prénom a été changé.