Brésil: Zika, le virus qui affole le pays à huit mois des JO de Rio

EPIDEMIE Transmis par le moustique, il entraîne de graves séquelles sur le fœtus quand les futures mamans sont piquées…

R.S.
— 
Un enfant frappé par le syndrome Zika, au Brésil le 23 décembre 2015 dans l'Etat de Pernambuc.
Un enfant frappé par le syndrome Zika, au Brésil le 23 décembre 2015 dans l'Etat de Pernambuc. — Felipe Dana/AP/SIPA

Déjà responsable de la transmission de la dengue et du chikungunya, le moustique aedes (de type aegypti et albopictus) fait parler de lui pour un nouveau mal au Brésil. Le pays connaît une épidémie de Zika, un virus responsable des cas de microcéphalie, une malformation de la tête chez les nourrissons. Dès la fin de l’année, les autorités locales avaient alerté sur la hausse vertigineuse du nombre de cas en un an, passant de 147 à 1.248.

Pour les fœtus, les conséquences sont dramatiques. La microcéphalie entraîne de graves séquelles neurologiques et un développement restreint des capacités cérébrales. Le lien entre le moustique et ces bébés à petit cerveau a également été confirmé par le ministère de la Santé brésilien, en alerte depuis quelques mois. Il peut également être responsable de syndrome de Guillain-Barré, une complication neurologique grave.

« Nous sommes face à l’inconnu »

Chez l’adulte, les symptômes du virus Zika sont similaires à un syndrome grippal (fièvre, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires, éruptions cutanées, parfois accompagnés de troubles digestifs et ophtalmiques). Il a déjà été détecté dans 14 des 27 États brésiliens cette année dont celui de Rio, où se tiendront en août les Jeux olympiques. « Nous sommes face à l’inconnu. Le ministère de la santé joue un rôle de sentinelle pour collecter, enquêter, recenser tous les cas et faire avancer la recherche », explique au Monde Antonio Nardi, secrétaire à la surveillance de la santé au ministère, qui n’envisage pas, pour le moment, une remise en question des Jeux dans une période moins propice aux moustiques. »

Comme aucun vaccin n’existe contre ce virus, le seul moyen de se prémunir du virus est d’éviter tout contact avec le vecteur, à savoir le moustique, indique Anna-Bella Failloux, entomologiste et chercheuse à l’Institut Pasteur. Aucune transmission directe, d’homme à homme, n’est possible. Les moyens de lutter sont donc simples : utiliser des répulsifs et se couvrir la peau avec des vêtements longs quand l’aedes aegypti est en activité. « Donc le matin très tôt, et le soir, enchaîne la spécialiste. Il fait trop chaud pour lui la journée. Seule la femelle pique tous les 5 à 7 jours. Elle prend du sang pour développer ses œufs. »

 

OMS : Infection à virus Zika – Brésil et Colombie Organisation Mondiale de la Santé : Bulletin d’information sur… https ://t.co/idiDUuf4Z8
— Santé voyage (@sante_voyage) 28 Octobre 2015

Sur une zone restreinte, inutile également d’envisager l’éradication des moustiques. Ce scénario est impossible tant l’espèce est invasive et ce même si 3 % seulement des insectes sont porteurs du virus. La seule solution envisagée concerne « des moustiques OGM qui n’auraient plus la capacité de transmettre le Zika. On étudie la façon dont le virus se déplace dans le moustique, jusqu’aux glandes salivaires, sans le contaminer. Après plusieurs générations, ces moustiques génétiquement modifiés pourraient prendre le dessus sur les autres. » Et de fait, éradiquer la maladie. Un scénario qui se cantonne pour l’instant aux microscopes des labos.



Le virus Zika peut-il débarquer en France ? Potentiellement, oui. Zika a fait ses premières victimes en Martinique et en Guyane française, fin décembre. L’été prochain, avec la multiplication de voyages vers la Métropole en période de vacances, il n’est pas exclu qu’une personne porteuse du virus soit piquée dans le sud de la France où sévit déjà l’Aedes albopictus (le moustique tigre). En piquant sa victime, il serait lui-même contaminé et pourrait transmettre le virus aux personnes qu’il piquera par la suite. Dès l’été dernier, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), un organe du ministère de la santé, avait alerté sur ce risque « réel ».