Les Françaises et l’orgasme: «Il ne faut pas s’arc-bouter sur l’envie de jouir»

INTERVIEW La sexologue Catherine Blanc commente une enquête de l’Ifop montrant que les Françaises ont plus de mal que les autres à atteindre l’orgasme…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Capture d'écran d'une vidéo illustrant l'orgasme féminin.
Capture d'écran d'une vidéo illustrant l'orgasme féminin. — Clayton Cubitt / Youtube

Les Françaises à la ramasse de l’orgasme. Une étude de l’Ifop pour le site CAM4 publiée ce vendredi montre qu’à côté des femmes de sept autres nationalités d’Europe et d’Amérique du Nord, les femmes françaises atteignent moins souvent l’orgasme avec un partenaire sexuel. Pour comprendre ce qui peut clocher dans l’Hexagone, 20 Minutes a demandé son point de vue à Catherine Blanc, sexologue et psychothérapeute, auteure de La sexualité décomplexée (Flammarion).

L’enquête de l’Ifop montre que l’orgasme est plus rare chez la Française, peut-être à cause de pratiques sexuelles moins « pertinentes » qu’ailleurs. S’y prend-on mal, en France ?

Ce qui fait l’orgasme ce n’est pas l’aptitude : bien sûr, si l’un ou l’autre est maladroit, je vais avoir des difficultés à jouir de mon corps, mais la sexualité a besoin d’autre chose que d’adresse : elle a besoin qu’on se donne le temps de la rencontre, qu’on se donne l’espace nécessaire à la création d’une relation -pas forcément sur le plan amoureux, mais sur celui de l’intimité. Si je suis consommatrice ou consommateur et que je vais aller le plus rapidement possible vers l’objet de mon excitation, je ne crée pas de relation, je ne me donne pas le temps de m’offrir à l’autre. Si je ne cherche qu’à atteindre un plaisir sexuel, je suis arc-boutée sur cette envie, or le plaisir c’est un mélange de stimulation et de l’interprétation de cette stimulation. Comme la différence entre se toucher le bras et se faire toucher le bras par quelqu’un que l’on désire. Pour qu’une femme jouisse, il ne faut pas se dire « je dois stimuler tel endroit sinon elle est en panne ». Ce sont ces moments où on se caresse, où l’on se retrouve pour créer du lien, qui comptent.

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Les Françaises et les Français seraient donc devenus trop pressés ?

Ce que j’observe dans mon cabinet, c’est qu’on est dans une période où il y a une volonté de consommation avec un refus de la frustration. Du coup on passe à côté de tout, en se précipitant, et ironiquement on renforce cette frustration. Malgré les apparences, on a considérablement reculé en termes de libertés. La liberté ce n’est pas tout faire, passer à côté de tout parce que l’on veut tout. C’est choisir son cadre, son temps.

Les Françaises qui nous lisent doivent-elles s’inquiéter d’avoir moins d’orgasmes que leurs voisines européennes ?

Ce n’est pas parce que la voisine a des orgasmes que je suis censée en avoir aussi, on s’en fiche. Il faut savoir que la majorité des femmes découvrent l’orgasme vers 40 ans, ça ne veut pas dire que ce qu’il y a avant n’est pas intéressant. De même qu’un homme n’a pas le même plaisir à chaque éjaculation, une femme ne peut pas être toujours au rendez-vous de cette fureur sexuelle, être systématiquement dans cette perte de repères dans son corps, qui l’amène à des choses délicieuses. Si je vous raconte une histoire drôle, vous pouvez simplement sourire, ou rire, ou même avoir un éclat de rire. Les trois sont agréables. Le sexe c’est ça : le sourire, le rire et l’éclat de rire.