Recherche : Elles testent un vaccin contre le virus Ebola

VIROLOGIE L'Inserm coordonne un programme de recherche européen afin de mettre au point un vaccin préventif cotre le virus qui a récemment tué 11.000 personnes en Afrique…

Romain Scotto

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Dans le cadre du projet Ebovac2, l'Inserm recherche 300 personnes pour tester un vaccin contre le virus Ebola
Dans le cadre du projet Ebovac2, l'Inserm recherche 300 personnes pour tester un vaccin contre le virus Ebola — M.Libert/20 Minutes

Telle une écolière appliquée, elle note tout dans son petit cahier. Sa température, ses réactions cutanées et tout ce qui concerne de près ou de loin son état de santé. « Si je suis fatiguée, je dois l’écrire par exemple », glisse Emilie B. une ingénieure de 30 ans sous surveillance médicale avancée depuis qu’elle teste le futur vaccin du virus Ebola. Cette Parisienne a répondu favorablement à l’appel de l’Inserm, qui recherche actuellement 300 volontaires pour tester un vaccin contre une maladie dont la dernière épidémie a contaminé 28.000 personnes et fait 11.000 morts en Afrique.

Autant évacuer la question des risques potentiels tout de suite, la jeune femme se porte bien. Elle ne souffre d’aucun effet secondaire, après trois rendez-vous. Elle n’a même aucun risque d’être infectée par le virus puisque « seules des protéines ou morceaux de protéines fabriqués par synthèse sont utilisés dans les vaccins testés », indique Rodolphe Thiébaut, coordinateur du projet Ebovac2. Concrètement, l’objectif est de stimuler les anticorps qui protégent contre l’infection d’Ebola. Deux vaccins sont donc administrés aux volontaires. Le premier, appelé « prime » stimule les défenses immunitaires. Le deuxième, « boost », renforce et étend la réponse immunitaire. Plusieurs intervalles d’administration seront étudiés.

Mais je le fais surtout pour aider la recherche

Au total, comptez donc une grosse dizaine de rendez-vous médicaux, avec plusieurs injections, prises de sang et bilans de santé. Le tout rémunéré entre 700 et 1.250 euros (en fonction du nombre de rendez-vous), comme l’exige à chaque fois ce genre de protocoles. « Pour une étudiante comme moi, financièrement, ce n’est pas négligeable », poursuit Elodie M., une Rennaise de 25 ans également concernée par l’étude. « Mais je le fais surtout pour aider la recherche. Cette étude va définir les bonnes conditions pour administrer ce vaccin. Ça peut aussi améliorer la recherche médicale en ce qui concerne d’autres vaccins. »

Pour les deux jeunes femmes, les éventuelles craintes ont vite été dissipées par les mots rassurants des médecins. Elles ont d’ailleurs dû les répéter à leur entourage, intrigué par l’expérimentation. Au départ, « rien que le mot Ebola fait peur », admet Elodie M. dont la première injection aura lieu en janvier. « C’est LA grosse maladie. Ils m’ont dit : Ou là, là dans quoi tu t’engages ? Et finalement ils trouvent que ma démarche est bonne et justifiée. »

Il faut les aider à se soigner, c’est important

Un an après le pic de l’épidémie en Sierra Leone ou au Liberia, Emilie B. se dit encore marquée par les images de détresses des familles africaines décimées par la maladie. Elle n’aurait pas forcément franchi le pas pour des tests sur le VIH ou le paludisme, deux maladies où la recherche médicale est plus avancée. Sur Ebola, « il n’y a rien du tout. Pas de recherche, pas d’argent. C’est compliqué. Il faut les aider à se soigner, c’est important. » Pour cela, pas besoin d’avoir fait d’études de médecine. Il suffit juste d’un peu de temps. Les deux testeuses en sont la preuve vivante.