Lutte contre le tabac : Michèle Delaunay en appelle à Mark Zuckerberg et au Pape

TABAGISME La députée de Gironde, nommée à la tête de l’Alliance française contre le tabac, ne manque pas d’idée pour mener son combat…

Romain Scotto

— 

La députée socialiste Michèle Delaunay, rapporteur pour l'assurance-maladie du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le 20 octobre 2015 à l'Assemblée nationale
La députée socialiste Michèle Delaunay, rapporteur pour l'assurance-maladie du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le 20 octobre 2015 à l'Assemblée nationale — JACQUES DEMARTHON AFP

Qu’il soit vraiment philanthrope ou démago, Mark Zuckerberg devrait recevoir quelques courriers dans les semaines à venir. Parmi elles, celles de la députée de Gironde, Michèle Delaunay, cheffe de fille de la lutte antitabac en France depuis 2007. L’ancienne ministre aux Personnes âgées a pris note de l’engagement du patron de Facebook qui souhaite verser 45 milliards de dollars dans des projets innovants pour la culture et la santé. « Je veux lui écrire pour qu’il fasse de la prévention dans la lutte contre le tabagisme », clame la députée engagée. « Je vais aussi écrire au Pape qui s’est positionné en faveur de l’écologie avant la Cop21. Pourquoi ne le ferait-il pas pour la lutte contre le tabac ? »

Une conférence internationale antitabac, réunissant une centaine de chefs d’Etats, Michèle Delaunay en rêve. Nommée cette semaine à la tête de l’Alliance contre le tabac, un organisme réunissant une trentaine d’associations, elle a fait de la cigarette le combat de sa vie politique. « Pour moi, c’est du même niveau que l’abolition de la peine de mort. C’est un enjeu non partisan. Celui qui s’attaquera vraiment à cette question entrera dans l’histoire. » Pourtant, pas un mot (ou presque) lors des régionales, ni même dans les promesses de campagne du président Hollande.

« 79.000 familles endeuillées par an en France »

Pour faire évoluer les politiques sur le sujet, elle vise deux cibles : l’opinion publique et les soignants. « J’ai acquis que les politiques ne feraient rien sans leur appui ». En tant que députée, son pouvoir reste limité. Ses amendements sont régulièrement retoqués. Quant à la loi Santé de Marisol Touraine, elle aurait dû aller beaucoup plus loin, selon elle, en ajoutant à l’introduction du paquet neutre une « augmentation du prix du paquet (à 10€). La seule mesure efficace », clame l’ancienne cancérologue.

Mais voilà, le sujet serait « trop sensible. » Quand on s’attaque au porte-monnaie des citoyens, notamment les plus pauvres, le risque d’impopularité grandit. Face à ce constat, même les chiffres les plus éloquents partent en fumée. « 25 milliards de coût sanitaire par an en France », « 27 cancers différents liés au tabac », « 79.000 familles endeuillées par an en France », « 800.000 morts en Europe chaque année ». Sources toujours vérifiées.

« A force de n’être pas décente, on ne sert à rien »

On l’accuse d’être vendue aux lobbies pharmaceutiques ? Elle hausse les épaules face aux attaques de ceux qu’elle assimile à des « terroristes ». Idem pour les buralistes, « dont les plus éclairés votent FN », incapables d’envisager un plan de refonte de leur activité. Dans son combat, né en milieu hospitalier, elle colle aussi l’étiquette du tabac au décès de plusieurs personnalités. « J’en ai pris plein la gueule. On me dit que je ne suis pas décente. Mais à force de n’être pas décente, on ne sert à rien. »

Pour servir à quelque chose, l’élue PS de 68 ans à l’origine du hashtag #FranceSANStabac sur Twitter, garde en tête quelques projets. Outre sa lettre à Zuckerberg, elle souhaite mobiliser l’Ordre des médecins pour faire du tabagisme le premier problème de santé publique en France. Elle envisage aussi d’aider les malades à obtenir un statut de victime du tabac, à la manière de celles du Mediator. Et ce, même si son amendement sur les actions de groupes a été supprimé de la loi par le gouvernement. Elle devrait remettre cette question sur la table à l’occasion des discussions du prochain PLFSS, validé dans un an. Pas vraiment le timing idéal, à six mois de l’élection présidentielle.