Régime « paléo » : Pourquoi manger comme nos ancêtres est devenu tendance

NUTRITION Pour les adeptes d’une nourriture paléolithique, revenir 3 millions d’années en arrière permettrait d’échapper à de nombreuses maladies. A voir…

Romain Scotto

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Illustration d'un plat issu du régime paléo.
Illustration d'un plat issu du régime paléo. — Jones/REX Shutterstock/SIPA

Baguettes ou couverts ? Ah non, silex. Et ce sera une tranche de mammouth saignante. Cuite en pierrade, s’il vous plaît. Dans un remake des Visiteurs voilà ce qu’aurait pu sortir un homme préhistorique à un serveur du XXIe siècle. A quelque chose près, c’est aussi le discours tenu aujourd'hui par ceux qui suivent une alimentation à l’ancienne. Le régime paléolithique, ou « paléo » pour les intimes, séduit ceux qui « renouent avec une alimentation adaptée à notre nature, calquée sur celle de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs », indique Marion Kaplan, bio nutritionniste auteure du livre « Paleobiotique » (Ed. Thierry Souccar).

Pour ces Pierrafeu modernes, il s’agit de revenir de 3 millions à 10.000 ans avant J-C, à une époque où l’homme ne jurait malgré lui que par le « bio » et ne connaissait pas les produits transformés. Pour la spécialiste, six règles définissent plus précisément ce régime : Bougez plus, mangez moins, supprimez les céréales, le sucre, évitez les féculents, l’amidon, les produits laitiers bovins ainsi que tous les aliments industriels. Que reste-il donc dans l’assiette ? Tous les légumes, crus et cuits à la vapeur douce, les fruits de saison, l’huile d’olive, le sarrasin, les noix en tous genres ainsi que le triptyque protéiné œufs - viande - poisson.

Les effets indésirables du blé dénoncés

« Depuis 30 ans, la malbouffe s’est généralisée, l’alimentation la plus facile à manger, c’est le blé, les céréales, la junk food, à base de farine, etc. Ce blé a envahi notre alimentation. C’est le promoteur de l’hyperglycémie, de l’insuline, de maladies neurologiques et auto-immunes. On veut des choses bonnes en goût mais mauvaises pour la santé », poursuit Marion Kaplan, pour qui notre alimentation est la cause principale de tous nos maux. Dans le garde-manger « paléo », comptez donc environ 70 % de fruits et légumes et 30 % de protéines, ce qui fait tiquer quelques nutritionnistes dubitatifs.

Comparatif des apports nutritionnels entre le régime paléo et l’alimentation moderne. Source : www.lanutrition.fr

Trop de protéines (les recommandations se situent entre 11 et 15 %), pas assez de glucose et de vitamine D ; voilà les principaux reproches des « antis », même si les « pros » évoquent toujours des produits de substitution (le xylitol notamment pour le glucose) pour pallier d’éventuelles carences. Du côté de l’AFDN, l’association française de diététique et nutrition, difficile d’avoir un avis tranché sur le sujet. « Limiter les aliments industriels, transformés, les indices de glycémie élevés (sucres), les additifs et exhausteurs de goûts, c’est une bonne chose », analyse Florence Foucaut, sa porte-parole, avant de nuancer : « Monter à 30 % de protéines, ça fait travailler les reins. On risque des pathologies. Si on augmente comme ça, il faut beaucoup d’eau pour éliminer. »

Sa deuxième réserve concerne l’absence de produits laitiers : « Leur calcium est le mieux absorbé car ils contiennent du phosphore. » Quant au bannissement des céréales, sources de sucres lents nécessaires à l’organisme, il revient à zapper des aliments utiles pour « réguler l’insuline avec un indice de glycémie bas ».

Des troubles du comportement alimentaires

Au-delà de ces considérations biologiques, la principale inquiétude de l’AFDN concerne en réalité les conditions d’applications du régime paléo. C’est le « Sans, sans… Sans vie et sans plaisir aussi », regrette Florence Foucaut. Nos vies sont-elles adaptées à une alimentation aussi épurée ? Chacun est en mesure de donner sa propre réponse. Tout est une question d’équilibre. Mais comme beaucoup de régimes d’éviction, celui-ci peut aussi entraîner des troubles du comportement alimentaire comme l’orthorexie. Un concept difficilement assimilable pour les hommes préhistoriques.