Dr. Axelle Ronsse: «Je pense qu’on ne rencontrera plus d'épidémie Ebola d’une telle ampleur»

EPIDEMIE Médecin référent sur Ebola pour MSF en Belgique, elle réagit à l'annonce de la guérison des deux derniers malades au Liberia...

Propos recueillis par Romain Scotto

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FILE - In this Sept. 30, 2014, file photo, Nine-year-old Nowa Paye is taken to an ambulance after showing signs of the Ebola infection in the village of Freeman Reserve, about 30 miles north of Monrovia, Liberia. (AP Photo/Jerome Delay, File)/NY823/135872493452/SEPT. 30, 2014 FILE PHOTO/1412171722
FILE - In this Sept. 30, 2014, file photo, Nine-year-old Nowa Paye is taken to an ambulance after showing signs of the Ebola infection in the village of Freeman Reserve, about 30 miles north of Monrovia, Liberia. (AP Photo/Jerome Delay, File)/NY823/135872493452/SEPT. 30, 2014 FILE PHOTO/1412171722 — Jerome Delay/AP/SIPA

Il y a tout juste un an, l’épidémie d’Ebola ravageait l’Afrique de l’ouest dont le Liberia. Le pays qui comptabilise 4.800 décès a officialisé le 4 décembre la guérison de ses deux derniers cas suspects. Il s’agit donc du dernier pays à décréter la fin de l’épidémie, après la Guinée, où le dernier patient guéri a été testé négatif le 16 novembre et la Sierra Leone, où la fin de l’épidémie a été proclamée le 7 novembre. Pour Dr. Axelle Ronsse, médecin référent de MSF en Belgique sur Ebola, il convient tout de même de rester prudent.

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Cette fois, peut-on dire que l’épidémie d’Ebola est définitivement endiguée ?

Non, il faut attendre un délai de 42 jours après la guérison du dernier cas. Donc jusqu’à mi-janvier. En Guinée, le dernier cas négatif a été déclaré mi-novembre. La fin de la période aura lieu fin décembre. Si, après les 42 jours, il n’y a plus de cas, on pourra déclarer que l’Afrique de l’Ouest est « free of Ebola ».

Comment est établi le délai de 42 jours ?

Le temps d’incubation de la maladie se situe entre 2 et 21 jours. Les 42 jours correspondent à deux périodes du temps maximal d’incubation. On se donne donc la possibilité de louper un cas sur une période de 21 jours.

Il n’y a plus de transmission, mais les cas de rémission restent-ils sous surveillance ?

Il n’y a pas de cas qui reste suspect mais on sait que le virus peut persister dans le sperme. On a établi qu’il fallait 90 jours de surveillance après les 42 jours. On pense qu’il faut surveiller ces personnes pendant 6 à 9 mois notamment si elles ont des rapports sexuels.

Le bilan officiel est de 11.300 morts sur 29.000 cas recensés. Est-il sous évalué comme le craint l’OMS ?

Effectivement. En en Sierra Leone et au Liberia on aurait raté des cas ou des décès. Ce n’est pas clair. De là à dire qu’il y a 10 % de morts en plus, je ne peux pas l’affirmer.

Quels enseignements cette épidémie va-t-elle apporter pour les prochaines fois ?

On a appris des choses sur cette maladie. On avait des petites épidémies avec un nombre de cas limités auparavant. Les systèmes de santé fonctionnent pour détecter les cas rapidement. On les isole, les soigne, on sait éviter la propagation. On sait gérer l’épidémie dans les villes alors qu’on n’y était pas habitués. Les populations n’étaient pas préparées à ce type de maladies. Je pense qu’on ne va plus rencontrer une épidémie d’une telle ampleur. S’il y a des cas suspects, on va les identifier plus rapidement et les activités pour stopper la propagation seront mises en place aussi. Il y a aussi eu des essais de vaccins, de traitement. Si ces outils-là peuvent être mis en place, ça évitera aussi la propagation.

Dans les régions concernées, pensez-vous que les populations sauront mieux réagir en cas de nouvelle épidémie ?

Je pense que dans les centres de santé expérimentés, il y a une sensibilisation. Après, je ne suis pas sûre que dans le reste du pays, où ils n’ont pas eu la malchance d’être touchés par le virus, ce soit connu. Je ne pense pas qu’ils soient préparés.

Comment expliquez-vous qu’une infirmière écossaise guérie soit de nouveau tombée malade ?

C’est un cas excessivement rare. Possiblement une rechute. Elle avait survécu à un taux de virus très élevé. Du coup, elle aurait gardé du virus dans son corps et aurait rechuté. On a peu de chance de rencontrer ce genre de cas en Afrique car les personnes aussi gravement atteintes qu’elles n’ont pas été sauvées.