Grippe aviaire dans le Sud-ouest: Pourquoi, le foie gras de Noël ne risque rien

CONTAMINATION Malgré les réticences du Japon qui souhaite limiter les importations de produits français après que plusieurs cas de grippe aviaire ont été détéctés…

Romain Scotto

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Illustration d'un étale de foie gras.
Illustration d'un étale de foie gras. — LOIC VENANCE / AFP

Sur l’échelle – non officielle – des expressions anxiogènes, la « grippe aviaire » occupe toujours une place de choix. Surtout quand à l’approche de Noël, le ministère de l’Agriculture fait état de « trois nouveaux foyers d’influenza aviaire hautement pathogène », concernant des pintades et des canards du sud-ouest.

Les cas détectés en Dordogne et dans les Landes ces derniers jours ont d’ailleurs fait eu leur petit effet délétère : au moins huit pays d’Asie et d’Afrique du Nord ont fermé leurs frontières aux produits avicoles français, dont le foie gras. Parmi eux figure le Japon, premier importateur mondial de foie gras made in France, qui a néanmoins accepté d’importer les produits fabriqués avant le 23 octobre (dont le foie gras congelé), une date choisie en prenant en considération la période de 21 jours d’incubation de la maladie.

Reste à savoir si cette réaction radicale est adaptée à la « menace ». Pour Thierry Pineau, chef du département Santé animale de l’Inra, il ne faut pas confondre « grippe aviaire et grippe aviaire. Sous ce vocable on peut avoir des grippes qui ont des tropismes différents. Celui-là est restreint à la volaille. Son spectre d’hôte n’inclut pas l’homme. » Autrement dit, celui qui répond au nom de code H5N1 ne présente aucun danger pour l’homme. Son tropisme est strictement aviaire, à l’inverse d’un H1N1 qui avait affolé la France en 2009.

« Eviter le transport du virus d’un continent à un autre »

Le ministère de l’Agriculture a pris le soin de le préciser dans son communiqué : « L’influenza aviaire n’est pas transmissible à l’homme par la consommation de viande, œuf, foie gras et plus généralement de tout produit alimentaire ».

Pour lever les derniers doutes, Thierry Pineau précise aussi que ces virus ne résistent pas à la cuisson. Le foie gras cuit ne présente donc aucun risque de contamination. Sur la table de Noël comme sur une nappe de pique-nique l’été prochain.

En réalité, les pays réfractaires craignent plus une contamination de leurs propres volailles en cas d’arrivée du virus sur leur sol. « Vous pouvez imaginer qu’autour d’une production de foie gras, il y a un peu de plumes contaminées par exemple. Ou autre chose. Le Japon veut juste éviter le transport du virus d’un continent à un autre. » Et d’éventuels effets ravageurs sur les élevages locaux.

8.500 animaux abattus

Dans le cas français, la solution de l’abattage a été privilégiée, comme le stipule la réglementation. Huit mille cinq cents canards et pintades ont donc été tués dans trois élevages. Des « zones de protection » d’un rayon de trois kilomètres ont été instaurées autour des lieux concernés, avec confinement des animaux, ainsi que des « zones de surveillance », de dix kilomètres de rayon, aux règles moins strictes. Trois cents éleveurs ou gaveurs se trouvent à l’intérieur de ces zones.

Selon les spécialistes, ces restrictions seraient plus efficaces qu’une vaccination massive. D’abord parce qu’environ 50 milliards de volailles vivent sur la planète. Et que celles-ci ont une espérance de vie très limitée. Un poulet vit entre 35 et 89 jours, en fonction de son statut de « bas de gamme » ou labélisé. Enfin, la vaccination n’aurait aucune garantie d’efficacité à 100 % car ces virus qui s’adaptent et se réarrangent comme les virus humains. Les biologistes devraient modifier en permanence la composition du produit, ce qui ne permettrait pas de vacciner les volailles en temps et en heure.