Traitement préventif du sida: Comment s’assurer que le Truvada ne remplace pas le préservatif

SEXUALITE Ce médicament préventif doit être considéré comme un outil de protection supplémentaire contre le VIH. Et non un substitut au préservatif…

Romain Scotto

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Le préservatif du futur sera composé à 95 % d'hydrogel
Le préservatif du futur sera composé à 95 % d'hydrogel — Capture d'écran - http://www.independent.co.uk/

Petite pilule, grands effets ? C’est du moins ce qu’envisage le ministère de la santé, l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) et les associations engagées dans la lutte contre le VIH. Avec l’autorisation d’utilisation du Truvada en traitement préventif du virus, les autorités disposent d’un « outil de plus » au sein d’une palette destinée à éradiquer le virus à l’horizon 2030, suivant les objectifs de l’Onusida.

 

Une boîte de Truvada, une combinaison d’antirétroviraux du laboratoire américain Gilead, photographiée le 11 mai 2012 à Béthune - DENIS CHARLET AFP

 

Ce médicament pris avant et après un rapport à risque « ne doit pas se substituer au préservatif », précise Marisol Touraine. En réalité, le Truvada « permet de répondre à des situations dans lesquelles le préservatif ne trouve pas sa place », ou d’aider « des personnes qui ne peuvent pas en avoir un usage systématique, alors qu’elles évoluent au sein de groupes où la prévalence et l’incidence du VIH est élevée. »

« Ceux qui n’ont pas de problème avec la capote n’ont pas besoin de cacheton »

Les deux populations ciblées en priorité par l’Institut de veille sanitaire (InVS) sont « les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes » - le seul groupe au sein duquel le nombre des nouvelles contaminations au VIH ne diminue pas - et les « hétérosexuels nés à l’étranger ». Ces deux groupes représentent 42 % et 39 % des découvertes de séropositivité en 2014.

Pour Bruno Spire, militant de l’association Aides, il s’agit donc de protéger un public qui « avait déjà un problème avec la capote. Ceux qui n’ont pas de problème n’ont pas besoin de cacheton. On sait bien que des gens ne l’utilisent pas tout le temps. Certains ne l’ont pas sous la main. Pour d’autres c’est un tue-l’amour. Quand ils ont plusieurs partenaires, qu’ils prennent des produits, de l’alcool, ils oublient de le mettre. C’est comme ça que les gens s’infectent. » L’essai Ipergay, qui a permis de valider l’efficacité du Truvada en préventif, concerne effectivement une population à haut risque d’infection : des hommes ayant eu dans les trois derniers mois, au moins deux partenaires sans préservatif, avec pénétration anale.

Comme l’arrivée de la pilule contraceptive pour les femmes

Partant du principe que ce public n’utilise pas le préservatif correctement, cet outil leur permet de mieux se protéger. « C’est comme l’arrivé de la pilule contraceptive pour les femmes, embraye le professeur Jean-Michel Molina de l’hôpital Saint-Louis. Pour la contraception, il y a le préservatif et la pilule. On peut se sentir mieux protégé avec les deux. » Qu’importe le prix du traitement (500 euros la boîte de 30 comprimés), remboursé par la Sécurité sociale. « Aujourd’hui, on ne demande pas aux femmes pourquoi elles prennent un médicament (la pilule) alors qu’il y a des contraceptifs comme le préservatif, moins chers. »

Cet infectiologue, chef de service des maladies infectieuses et tropicales, rappelle aussi que l’efficacité du préservatif avoisine les 90 %, alors que le Truvada préventif permet de réduire de 86 % le risque de transmission du VIH. Enfin, la capote ne peut en aucun cas être remplacée par le Truvada dans la protection contre les autres IST (infection sexuellement transmissible).