Antibiotiques: Un nouveau gène de résistance inquiète les chercheurs

BACTERIES Découvert en Chine, ce gène rend inefficace des antibiotiques de «derniers recours» et ravive la crainte des infections incontrôlables...

20 Minutes avec agences

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Des antibiotiques.
Des antibiotiques. — Philippe Huguen AFP

Un gène rendant certaines bactéries résistantes à des antibiotiques a été retrouvé sur des animaux et des patients chinois. « Ces résultats sont extrêmement inquiétants », souligne le Pr Liu Jian-Hua, de l’Université agricole de Canton, principal auteur d’une étude publiée, ce jeudi, dans une revue spécialisée The Lancet Infectious Diseases.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ce nouveau phénomène de résistance concerne les polymyxines (colistine et polymyxine B), antibiotiques utilisés « en dernier recours » pour venir à bout de bactéries à gram - (notamment la bactérie E. coli également appelée colibacille), notamment chez les personnes atteintes de mucoviscidose ou en réanimation.

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Une souche capable de se propager à d’autres souches bactériennes

Mais aussi parce qu’en Chine, la colistine est largement utilisée en médecine vétérinaire. C’est ainsi que lors de tests de routine effectués sur des porcs destinés à l’alimentation, le Pr Liu Jian-Hua et ses collègues ont découvert une souche de colibacille résistante à la colistine et capable de se propager à d’autres souches bactériennes.

Des bactéries résistantes à cet antibiotique ont également été retrouvées sur quelque 1.300 patients hospitalisés dans deux provinces du sud de la Chine (Guangdong et Zhejiang).

Copié et transféré facilement à une autre bactérie

Les chercheurs ont alors découvert que la bactérie E. coli retrouvée sur les porcs contenait un nouveau gène (« mcr-1 ») capable d’être copié et transféré facilement à une autre bactérie, en particulier la Klebsiella pneumoniae, responsable d’infections pulmonaires.

« Il est probable que la résistance à la colistine provoquée par le gène mcr-1 s’est d’abord produite chez l’animal avant de s’étendre aux humains », souligne de son côté le Pr Shen Jianzhong, l’un des coauteurs de l’étude.

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La résistance à la colistine pourrait se développer à l’échelle mondiale

Bien que limitée pour l’instant à la Chine (l’un des plus gros producteurs et utilisateurs de colistine, notamment en médecine vétérinaire), la résistance à la colistine pourrait se développer à l’échelle mondiale, avertissent les auteurs qui réclament une « réévaluation rapide » de l’utilisation de cette classe d’antibiotiques, les polymyxines, dans les élevages ainsi qu’une surveillance étroite du gène mcr-1 en médecine humaine et vétérinaire.

« Une des rares solutions pour éviter ces liens est la réduction ou la cessation de l’utilisation de la colistine dans l’agriculture », relèvent de leur côté David Paterson et Patricia Harris, deux chercheurs australiens dans un commentaire joint à l’étude. Ils ajoutent que si des mesures ne sont pas prises rapidement, notamment par les autorités chinoises, il pourrait y avoir « un problème de santé publique majeur ». Ceci étant donné que d’autres pays que la Chine, parmi lesquels plusieurs pays européens, utilisent également les polymyxines dans les élevages.