Attentats à Paris: Chez les blouses blanches, le traumatisme est aussi immense

SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE En deux jours, la cellule de soutien psychologique de l’hôtel Dieu à Paris a reçu plus de 40 personnels traumatisés par les attentats…

R.S.

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Le service d'urgences de l'hôpital de l'Hôtel Dieu, à Paris.
Le service d'urgences de l'hôpital de l'Hôtel Dieu, à Paris. — V. WARTNER/20 MINUTES

Ils sont infirmiers du Samu, soignants des services d’urgence ou personnels de blocs opératoires. Tous travaillent depuis vendredi soir et la nuit des attentats qui ont tué 129 personnes et en ont blessé 352 autres à Paris et Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Eprouvés par ces cinq jours d’horreur absolue, ces soignants ont ressenti le besoin de solliciter la cellule psychologique mise en place par l’assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP).

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En deux jours, « nous avons enregistré 40 consultations » témoigne le docteur Nicolas Dantchev, responsable du service de psychiatrie de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu. Des femmes principalement, assez jeunes, ce qui correspond en réalité à la démographie des services d’urgences hospitalières.

Des arrêts de travail prescrits

Pour le coordonnateur de la cellule de soutien psychologique, il était nécessaire de répondre au plus vite à la demande des personnels « très choqués psychologiquement » par les scènes de guerre observées, notamment au Bataclan. Certains arrêts de travail ont même été prescrits.

Même pour des soignants chevronnés, il n’est pas habituel de voir des corps transportés à l’hôpital dans cet état. « En particulier des prises en charges simultanées avec des urgences vitales dans des conditions qui s’approchent de la médecine de guerre », poursuit le docteur Dantchev. « C’est d’une violence extrême quand même surtout pour ceux qui ont dû secourir des blessés graves au Bataclan au milieu des cadavres. » Les patients soignants reçus développent aussi un syndrome post-traumatique bien connu : le sentiment de culpabilité.

Ils doivent verbaliser leurs émotions

Certains personnels se reprochent de ne pas avoir été assez efficaces. De ne pas avoir pu sauver plus de vies. Voire de ne pas avoir travaillé alors qu’ils étaient réservistes et devaient se reposer pour suppléer les équipes deux, trois jours plus tard.

C’est donc par l’écoute et le dialogue que les psychologues et psychiatres hospitaliers tentent de panser ces plaies. Un exercice pas toujours évident lorsqu’il vise des professionnels qui s’interdisent de craquer devant les malades. Pour certains, parler de ses doutes, voire de ses limites, est perçu comme une faiblesse. « Ils doivent pourtant verbaliser leurs émotions pour éviter des séquelles psychologiques à long terme », conclut le médecin. A l’avenir, c’est peut-être ce genre de thérapies qui leur permettront de continuer à sauver d’autres vies.