Spectre: Mondain ou pas, James Bond est surtout un agent alcoolique

ADDICTION Même s’il ne présente pas les symptômes de la dépendance à l’écran, l’agent secret britannique a un comportement à hauts risques avec la boisson…

Romain Scotto

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Capture d'écran du film Casino Royale où James Bond incarné par Daniel Craig trinque à la Vodka-Martini
Capture d'écran du film Casino Royale où James Bond incarné par Daniel Craig trinque à la Vodka-Martini — Capture d'écran

Vodka Martini, Vesper, Mojito, Rum Collins, Mint Julep, Glühwein ou Bloody Mary. Il faut être barman spécialiste ès cocktails pour apprécier à sa juste valeur le « raffinement » de James Bond dont le dernier film, Spectre, sort mercredi prochain en France. A l’écran, l’agent secret britannique incarne depuis toujours cette image de buveur du soir distingué, tenant son verre du bout des doigts en conversant avec les plus belles femmes du monde.

Un alcoolisme « mondain », façonné en partie par le placement de produit de certaines grandes marques de vodka. Jamais saoul, toujours propre sur lui, 007 est loin de l’image d’ivrogne débraillé hurlant des insanités, même si ses supérieurs lui reprochent parfois un certain relâchement. Pourtant les études britanniques sont formelles : avec 92 verres d’alcool fort par semaine, soit 736 grammes absorbés, il descend l’équivalent d’une bouteille et demie de vin quotidienne. Autrement dit, quatre fois la dose maximale « souhaitable pour un homme adulte », selon les recommandations de l’OMS.

Distingué ou pas, James Bond a donc un comportement à (hauts) risques avec l’alcool. « Il fait partie de ces patients qui avancent avec le masque de l’alcoolisme mondain », observe Philippe Batel, directeur médical de la clinique des Addictions Montevideo à Boulogne-Billancourt. « Votre foie, votre cerveau, votre rectum : ils se tapent le coquillard de savoir si vous êtes un Monsieur en smoking qui boit un whisky de 50 ans d’âge ou si vous êtes un SDF qui s’envoie une bouteille de rouge. La seule chose qui intéresse votre cerveau c’est la quantité en grammes d’alcool pur. » L’alcoolisme mondain serait donc une forme de déni des gens qui présentent un trouble de l’alcoolodépendance. Des gens qui tentent de rendre leur histoire plus acceptable, dans la mesure où ils ne sont pas forcément passés par la case deuil-déprime-solitude.

« On a l’illusion qu’on maîtrise sa consommation »

Ancienne alcoolique, aujourd’hui sevrée, Laurence Cottet se souvient très bien des années où elle buvait juste pour s’intégrer en société. « J’avais l’image de la femme d’affaires distinguée, mondaine, bourgeoise, bien dans sa peau », témoigne cette ancienne cadre chez Vinci, licenciée après une cuite en 2009. Dans ce milieu, « on pense gérer son alcool. On a l’illusion qu’on maîtrise sa consommation. » Mais le basculement dans « l’alcoolisme tout court » guette toujours. « A un moment, on ne gère plus. Je buvais des coupes de champagne au bureau, puis je continuais, chez moi, seule. »

En backstage, il n’est donc pas impossible que le vrai James Bond vomisse, jure, ou batte sa conquête. Derrière le masque de celui qui « sait » boire se cache un homme comme un autre, incapable de maîtriser son trouble. Pour le spécialiste, la saga joue aussi sur l’idée selon laquelle il existe plusieurs types de buveurs excessifs. Or, celle-ci est fausse. Il n’existe pas d’un côté les alcoolodépendants, soumis à une addiction. Et de l’autre les gens distingués ou bons vivants. Sur les 49.000 décès annuels liés à l’alcool en France, 85 % concernent des personnes non dépendantes. Mais leur consommation régulière multiplie par deux ou trois leur risque de cancer du foie, de cirrhose, d’infarctus du myocarde et même… d’impuissance. Pas très glamour pour l’agent secret le plus idolâtré du cinéma.

Source Infographie : USA Today