Alimentation: Un poisson sur 3 ne serait pas celui que l'on croit

ENQUETE A cause de ce «fishgate» révélé par l'ONG Oceana, la différence de prix entre le poisson annoncé et celui réellement servi peut monter jusqu'à 40%...

20 Minutes avec agence

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Si la France comptait sur sa seule production, pêche ou élevage, pour alimenter son marché, on ne trouverait plus de poissons à vendre sur les étals à partir de lundi, soit trois semaines plus tôt que l'an dernier et trois mois et demi plus tôt qu'il y a une vingtaine d'années.
Si la France comptait sur sa seule production, pêche ou élevage, pour alimenter son marché, on ne trouverait plus de poissons à vendre sur les étals à partir de lundi, soit trois semaines plus tôt que l'an dernier et trois mois et demi plus tôt qu'il y a une vingtaine d'années. — Mychele Daniau afp.com

Pangasius présenté comme du cabillaud ou de la sole, thon exotique plutôt que thon rouge : près d’un poisson sur trois servi à Bruxelles n’est pas celui qu’il devrait être. Et ces étiquetages trompeurs de poissons n’épargneraient pas les assiettes des décideurs européens, lâche l’ONG environnementale Oceana, qui a poussé, cette fois, son enquête annuelle jusque dans les cantines de l’Union européenne.

Grâce à des tests ADN menés en collaboration avec l’université catholique de Louvain, l’organisme assure ainsi que près de 32 % des poissons examinés dans la capitale belge étaient mal étiquetés. Sur cinq espèces testées au cours de 280 repas servis dans 150 restaurants et dans les cantines de la Commission européenne et du Parlement, Oceana a identifié 36 espèces différentes, « peut-être même 37 », précise l’ONG.

 

 

 

Dans 95 % des cas, le thon rouge n’en est pas

Cette affaire de « faux-filets » concernerait principalement le thon. Dans 95 % des cas, il ne s’agirait pas vraiment du thon rouge dont il est fait publicité. Le poisson serait souvent remplacé par du thon albacore, plus commun et de moindre valeur, ou par du thon obèse, « pourtant surexploité », précise Oceana.

« Nous n’essayons pas de donner une preuve statistique mais de pointer le doigt sur quelque chose qui va de travers », souligne Lasse Gustavsson, directeur exécutif d’Oceana, dans cette étude publiée ce mardi. Un directeur qui précise que la différence de prix entre le poisson annoncé et celui réellement servi peut monter jusqu’à 40 %.

>> A lire ici : Produits à base de poisson : un étiquetage insuffisant

Si l’étude de l’ONG n’enquête pas sur le maillon de la chaîne de distribution défaillant qui permet ce genre de fraude, elle vise donc à attirer l’attention des consommateurs et des régulateurs.

« Ils remplacent du poisson bon marché par des espèces plus chères »

Et paradoxe notable, il semble que ce « fishgate » ne découle pas d’une question d’économies. « C’est le chaos total. Ils remplacent du poisson bon marché par des espèces plus chères », comme du cabillaud au lieu du merlu, s’étonne Lasse Gustavsson.

Selon l’auteur de cette étude, « un océan bien géré peut pourtant nourrir jusqu’à un milliard de personnes ». Il rappelle ainsi que près de 50 % des stocks de poissons sont surexploités dans l’Atlantique Nord, et plus de 90 % en Méditerranée. Une surconsommation qui pourrait être mieux gérée si « les dirigeants européens s’assuraient que les poissons sont bien étiquetés et les renseignements à préciser étaient étendus et mieux contrôlés ».