Tabac: L’impossible entente entre le gouvernement et les planteurs français

AGRICULTURE Une poignée d’exploitants agricoles en tabac manifeste lundi contre l’introduction du paquet neutre, dans le cadre de la loi Santé…

R.S.

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Le Sénat a supprimé le paquet de cigarettes neutre le 16 septembre 2015.
Le Sénat a supprimé le paquet de cigarettes neutre le 16 septembre 2015. — LODI FRANCK/SIPA

A priori, tous les éléments sont réunis contre eux. Un gouvernement souhaitant réduire la consommation de tabac dans un louable souci de santé publique. Une concurrence sud-américaine ou africaine face à laquelle il est impossible de rivaliser. Et une série de directives européennes particulièrement « tabacophobes ». Pourtant, un peu plus d’un millier d’exploitations de tabac subsiste en France. Principalement dans le Sud-Ouest et en Alsace. Représentant environ 6.000 emplois, cette microfilière agricole compte se faire entendre, lundi à Paris, pour dénoncer l’introduction du paquet neutre, en nouvelle lecture à l’Assemblée dans le projet de loi Santé.

Malgré sa casquette de directeur de la fédération des planteurs de tabac, François Vedel entame son argumentaire par une concession. Oui, il est normal que l’Etat se soucie de l’état des poumons des Français. Mais le tabac reste un produit légal et « notre production se veut de qualité », souligne le syndicaliste. Privée logiquement de subventions à partir de janvier 2016, cette agriculture locale essentiellement centrée sur le bio est en péril. Avant de partir en fumée, les producteurs français doivent donc chercher quelques pistes de reconversion.

Positionnés sur les marchés américains et japonais

« On veut se renouveler. C’est une question de survie. Sans ces aides, nos tabacs seront encore plus chers. Il nous faut trouver des niches, des marchés valorisants. Des tabacs réduits en nicotines en goudron, seront plus intéressants pour certains marchés à l’étranger, comme les Etats-Unis ou le Japon », glisse le syndicaliste. En France, le planteur de tabac type possède une petite exploitation sur laquelle la production est intensive. Un hectare de tabac représenterait 400 à 700 heures de travail à l’année. « On n’est pas dans les grandes productions déshumanisées », enchaîne François Vedel, bien embêté lorsqu’il s’agit d’envisager des cultures de substitutions.

Certains produisent déjà du tabac et du lait. D’autres font de l’élevage ou des semences de céréales. Mais le tabac représente 40 à 80 % du chiffre d’affaires de ces entreprises. S’il disparaît, l’activité disparaît aussi, vu la crise qui touche le marché du lait ou des céréales. Dans ces conditions, les planteurs réfléchissent à d’autres utilisations du tabac. Que ce soit dans des cigarettes électroniques spéciales - sans combustion, avec "chauffage" du produit -, dans l’alimentation animale, ou, plus surprenant, dans des essais de traitements novateurs pour lutter contre... le cancer.