Tampons: Pourquoi rien ne fuite sur leur composition

HYGIENE INTIME Alors qu’une étude révèle la présence d’un herbicide dans le coton des tampons, les fabricants restent peu diserts sur le sujet…

R.S.

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Illustration d'un tampon hygiénique.
Illustration d'un tampon hygiénique. — RS

Tout n’est pas bon dans le tampon. Une récente étude argentine révèle la présence de glyphosate, un produit herbicide classé « probablement cancérogène » par l’OMS, dans 85 % des protections intimes commercialisées. Cette présence s’expliquerait par les techniques de production du coton de nature OGM. Du côté des fabricants, la question de la composition des produits reste assez floue.

Qu’indiquent les fabricants sur les boîtes de tampons ? Pas grand-chose dans la mesure où la réglementation n’impose pas la composition du produit. Les tampons comme les serviettes périodiques n’étant pas considérés comme des cosmétiques ou des dispositifs médicaux, ils ne bénéficient d’aucun statut spécifique, comme les mouchoirs en papier par exemple. L’une des marques du marché indique simplement que ses tampons sont en viscose, un produit artificiel similaire à une soie végétale. Mais rien sur la présence de coton, son origine, sa composition. Sur le marché du tampon, seule une marque biologique proposerait des produits naturels composés à 100 % de coton biologique non blanchi au chlore, sans plastique et sans parfum, indique l’association 60 Millions de consommateurs.

Que sait-on de la composition ? Là aussi, pas grand-chose. Pour lever cette opacité, une étudiante parisienne de 19 ans, Mélanie Doerflinger, a bien tenté de mobiliser les foules. Sur le site Change.org, elle a lancé une pétition demandant à Tampax de préciser la composition de ses tampons sur les emballages. Malgré 64.000 signatures et un certain écho sur les réseaux sociaux, le débat n’avance pas. « Ont-ils des choses à cacher dans les compositions de leurs produits ? Y’a-t-il un ou des ingrédients dangereux pour nous, utilisatrices de ces produits ? » questionne la jeune femme. Selon 60 Millions de consommateurs, Procter & Gamble (Tampax, Always) aurait tout de même précisé que les fibres absorbantes des Tampax sont « principalement en coton, en rayonne, ou un mélange de coton et de rayonne, et peuvent contenir du polyéthylène, du polypropylène et du polyester ». Des ajouts destinés à fabriquer le film entourant le mélange coton viscose, en contact direct avec la muqueuse. Par ailleurs, le blanchissement du coton interpelle. L’émission « World in Action », programmée à la télévision anglaise en 1989, avait dénoncé un blanchissement au chlore à l’origine d’une pollution à la dioxine.

Qu’est ce que le glyphosate ? Détecté dans une majorité de tampons, le glyphosate – ou N-phosphonométhyl glycine pour nos internautes chimistes – est un des herbicides à large spectre les plus largement utilisés dans le monde. Il représenterait 25 % du marché mondial des désherbants. Il est utilisé en agriculture (céréales, colza, féverole, tournesol, maïs, betterave à sucre et pâtures) pour contrôler l’apparition des mauvaises herbes. Commercialisé sous l’appellation Roundup, il a été classé « probablement cancérogène » par l’OMS. Il est en cours de réévaluation au niveau européen. En 2010, l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) faisait du glyphosate « le principal responsable du déclassement de la qualité des eaux. »

Qu’est ce qu’un choc toxique ? La mésaventure de Lauren Wasser, un mannequin américain, a mis en lumière ce phénomène rare, mais particulièrement dangereux. Hospitalisée en 2012, cette jeune sportive était dans un état critique après avoir contracté une infection, aggravée par son tampon. A cause de ses fibres synthétiques, il pourrait faciliter le développement de la bactérie. Malgré l’intervention de l’équipe médicale, l’état de lauren Wasser s’était dégradé, entraînant une gangrène de sa jambe droite, puis son amputation. Trois ans plus tard, elle a entamé une procédure judiciaire contre la marque Kotex et milite pour que les risques liés au produit soient spécifiés sur les emballages.

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