Dr Salama: «En fait, toutes les femmes peuvent être fontaines»

INTERVIEW Coauteur d'un livre sur le sujet, il lève le mystère physiologique de l'origine du liquide émis pendant l'orgasme...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Selon le Docteur Samuel Salama, il existe deux types de femmes fontaines. Les femmes autonomes et les femmes dépendantes.
Selon le Docteur Samuel Salama, il existe deux types de femmes fontaines. Les femmes autonomes et les femmes dépendantes. — Czarek Sokolowski/AP/SIPA

Présentes dans la littérature scientifique depuis Aristote et Hippocrate, les femmes fontaines et leur physiologie commencent seulement à être comprises par les spécialistes. Le Dr Samuel Salama, qui publie un livre sur le sujet avec Pierre Desvaux, révèle que le liquide émis lors de l’acte sexuel est bien de l’urine, contrairement à certaines idées reçues.

Pourquoi le thème des femmes fontaines est-il si peu analysé dans le milieu médical ?

Depuis les années 1950, c’est revenu à la mode avec la liberté de pouvoir jouir sans contrainte. On parle plus du plaisir féminin. Personne ne s’était interrogé sur la physiologie pure. Les études de sexologies sont plus portées sur les médicaments. Tout ce qui relève des organes sexuels du plaisir chez la femme n’a longtemps intéressé personne. Pourquoi, parce que ça ne relève pas des maladies, il n’y a pas de retombées pour l’industrie pharmaceutique. Depuis l’avènement de la pilule contraceptive, on a créé une sexualité récréative. Et non plus reproductive. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on fait du sexe pour s’amuser.

Aujourd’hui, le thème des femmes fontaines est même devenu un business ?

Oui, des livres sortent régulièrement sur le thème : « Comment devenir femme fontaine ? » Sur Internet, on vous apprend à donner des orgasmes «corps entier» qui vont en mettre partout dans le lit. Il y a des séminaires pour apprendre à devenir fontaine. C’est même une catégorie sur les sites pornos. On se dit, la nana ne simule pas, elle s’éclate.

D’où vient ce fameux liquide alors ?

Il faut faire un peu d’anatomie pour comprendre la problématique. Savez-vous que les femmes ont une prostate de 2 à 5 g (30 g chez l’homme) ? Comme l’homme, les femmes ont une prostate fonctionnelle qui sécrète du PSA, du zinc, des phosphatases. Comment les 300 ml de liquide émis par les femmes fontaines peuvent venir de la prostate qui fait 2 à 5 g ? C’est impossible. On a donc fait des échographies et des dosages hormonaux. Et on a montré que les femmes qui avaient une vessie vide remplissaient leur vessie avec la stimulation sexuelle. Et juste après avoir émis le liquide, leur vessie était vide. Indiscutablement, le liquide des femmes fontaines vient de la vessie. C’est concordant avec notre anatomie. Désolé si ce n’est pas glamour et que ça va à l’encontre du conte de fées, mais oui, les femmes fontaines, c’est un ultra filtra du plasma sécrété par les reins stocké dans la vessie et émis lors du plaisir sexuel.

Parler d’éjaculation féminine est donc impropre ?

Il peut y avoir de l’éjaculation féminine. Au sens propre, elle vient de la prostate. C’est moins de 1 ml de liquide blanchâtre. Les deux phénomènes sont des mécanismes distincts.

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Le volume est-il proportionnel au plaisir ?

Pas du tout. Le volume est proportionnel au remplissage de la vessie. Il y a cependant quelque chose qu’on ne connaît pas du tout. C’est la physiologie rénale pendant le rapport sexuel. Certains nous disent que l’émission des femmes fontaines n’a pas le goût d’urine. Que ce n’est pas jaune. Mais si c’est dilué, c’est normal. Encore une fois, les urines, ça ne tache pas toujours jaune. On a cette impression parce qu’on les voit dans une cuvette blanche, concentrée sur une petite surface.

Que se passe-t-il dans le cerveau de la femme fontaine ?

Il y a deux types de femmes fontaines. D’abord, les femmes dépendantes de la stimulation digitale de leur partenaire. Il appuie sur le bon bouton, clito-uréto-prostato-vaginal. C’est-à-dire le point G. Si la femme se laisse aller, ça entraîne un relâchement et la vessie se vide. En fait, toutes les femmes peuvent être fontaines à condition d’activer une manœuvre vaginale qui donne du plaisir et entraîne un écoulement de la vessie pleine. Les femmes qui ne veulent pas être fontaines doivent aller faire pipi avant. A côté de ça, vous avez la femme fontaine autonome. Dans le cerveau, il y a la zone du qu’en-dira-t-on, la morale. Si une femme éteint cette zone, c’est le lâcher-prise. Juste à côté de cette zone, il y a celle du contrôle de la miction. Depuis qu’on est tout petits, on nous explique qu’il ne faut pas faire pipi n’importe quand, n’importe où. En se laissant aller pour avoir un orgasme, elles désactivent aussi cette deuxième partie du cerveau. Là, il y a une expulsion de liquides en jets très puissants.