Pourquoi certains médicaments atteignent des prix exorbitants?

TRAITEMENTS Ces dernières années, le prix du Sovaldi, du Praluent ou du Daraprim ont explosé dans des proportions insensées pour les malades...

R.S.
— 
Le prix du Daraprim a augmenté de 5500% depuis son rachat par Turing Pharmaceuticals en août 2015.
Le prix du Daraprim a augmenté de 5500% depuis son rachat par Turing Pharmaceuticals en août 2015. — RS

L’histoire a suscité l’indignation de toute l’Amérique, jusqu’à Hillary Clinton « herself », il y a quelques semaines. Le prix du Daraprim, un médicament destiné aux personnes infectées par le virus du sida, devait s’envoler de 5 500 % après son rachat un fonds d’investissement dirigé par Martin Shkreli, le nouvel homme le plus détesté des Etats-unis. En France aussi, certains médicaments comme le Sovaldi (Hépatite C) ou le Praluent (anti cholestérol) sont distribués à des prix très élevés, voire prohibitifs. Au point de plomber les comptes de l’assurance maladie. Voilà ce qu’en pensent les différents acteurs du marché du médicament.

La position de l’économiste. De ce côté-là, l’explication est assez limpide. Un industriel du médicament est un industriel comme un autre. Il n’est donc pas là pour verser dans la philanthropie. « Si le laboratoire pouvait gagner plus d’argent en vendant des patates, il le ferait », image l’économiste de la santé Stéphane Billon. Avant de lancer un produit, un industriel s’intéresse au « willingness to pay », c’est-à-dire la propension marginale des acheteurs à payer. Si le prix d’un médicament s’envole, cela s’explique souvent par un calcul économique rationnel basé sur un objectif de rentabilité à court terme : « Ils entrent dans un deal compréhensif avec la tutelle (l’Etat qui rembourse les traitements). Quand un industriel trouve une thérapie qui va soigner l’hépatite C, il le vend cher parce qu’il a 2, 3 ans avant que la maladie soit éradiquée. Donc il veut retrouver l’équivalent de ce qu’il aurait pu gagner sur une durée plus longue. C’est pourquoi il dit à la tutelle, il faut que je retrouve mes billes. C’est de la médico-éco. C’est triste mais c’est comme ça. »

La position du laboratoire. Impossible d’affirmer clairement que l’objectif de rentabilité est prioritaire. Dans le cas du Daraprim, Martin Shkreli a longuement insisté sur les coûts élevés de recherche et développement du médicament et la nécessité de développer de nouveaux médicaments avec moins d’effets secondaires. Il justifie aussi cette augmentation par le faible nombre de patients concernés : 8.800 en 2.014 selon Le Monde. Plus généralement, les industriels valorisent la valeur thérapeutique d’un nouveau produit. Sans oublier les frais marketings, souvent beaucoup plus élevés que la recherche. Enfin, sachant qu’un seul médicament sur 10 reçoit l’approbation des autorités, ce taux d’échec est également pris en compte dans le calcul des labos.

La position des politiques. Il n’est pas rare de voir un ministre pousser des cris d’orfraie dans les médias face au prix exorbitant d’un médicament. Surtout quand celui-ci plombe les comptes de la Sécu. Concernant le Sovaldi et ses cures à 58.000 euros, Marisol Touraine avait sorti un dispositif sur mesure l’année dernière. Si le coût de l’ensemble des dépenses de la Sécu dépassait 450 millions d’euros en 2014, le laboratoire devait reverser une partie de son chiffre d’affaires réalisé au-delà de ce plafond. Pour 2015, le mécanisme se déclenchera à partir de 700 millions. Pour le ministère de la santé, « le médicament est considéré comme un bien auquel les citoyens doivent avoir accès, quand ils en ont besoin, indépendamment de leur capacité à payer. » De leur côté, les ONG dont Médecins du monde dénoncent eux aussi un abus : « On ne peut accepter que les lois du marché restreignent l’accès aux soins ». Pour résoudre ce problème, un collectif d’associations a également demandé au gouvernement de recourir au système des licences d’office. Ceci afin de placer la molécule dans le domaine public, d’ouvrir le marché à la concurrence pour produire des génériques et faire baisser les prix.