Sommeil: Nos ancêtres dormaient-ils vraiment plus longtemps que nous ?

SANTE Des chercheurs ont étudié le sommeil de trois sociétés «pré-industrielles» vivant en Afrique et en Amérique du Sud...

M.C.

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Le tableau «Le convalescent», du peintre Carolus-Duran.
Le tableau «Le convalescent», du peintre Carolus-Duran. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Stress, fatigue et manque de sommeil : le cocktail est explosif, mauvais pour la santé et habituellement mis sur le compte des modes de vie de nos sociétés modernes. Mais nos ancêtres, qui ignoraient joyeusement électricité, téléphone et écrans de toutes sortes, passaient-ils pour autant plus de temps dans les bras de Morphée ? C’est loin d’être certain, révèle une étude publiée dans la revue scientifique Current Biology.

Pour remonter à la « source », l’équipe de Jerome Siegel, psychiatre et chercheur en sommeil à l’université de Californie à Los Angeles, s’est tournée vers trois sociétés de chasseurs-cueilleurs vivant en Afrique et en Amérique du sud, peu ou prou dans les mêmes conditions que l’homme préhistorique : « Tous trois vivent sans électricité et sans les équipements électroniques que beaucoup accusent d’avoir réduit la durée de notre sommeil », résume Jerome Siegel.

Dormons-nous moins que nos ancêtres ?

Des volontaires chez les Hadza de Tanzanie, les San de Namibie et les Tsimane de Bolivie ont donc été équipés d’appareils pour enregistrer les spécificités de leur sommeil, et le résultat n’est pas celui attendu : les trois groupes dorment entre 5,7 h et 7,1 h par nuit, loin des 8 heures que l’on nous recommande traditionnellement. « Il est clair que la durée de sommeil de ces groupes est dans la fourchette basse de ce que l’on voit aux Etats-Unis de nos jours », explique Jerome Siegel.

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Pour autant, ces chasseurs-cueilleurs sont en bonne santé : ils ne sont quasiment pas touchés par l’obésité, beaucoup vivent jusqu’à un âge avancé et presque personne n’a de troubles du sommeil. « Environ 20 % de [la population américaine] se plaint d’insomnie chronique à un moment ou à un autre, note Jerome Siegel, mais les deux groupes que nous avons interrogés à ce sujet n’ont même pas d’équivalent au mot insomnie dans leurs langues. »

L’importance des variations de température

Si nos ancêtres ne se couchaient pas forcément avec le soleil, contrairement à une idée reçue, mais plutôt quelques heures après (3,3h chez les participants à l’étude), ils étaient exposés à un facteur souvent absent de nos intérieurs, qui pourrait être lié à une meilleure qualité de sommeil : les fluctuations de températures à différents moments de la journée.

Le thermomètre descend après le coucher du soleil, puis remonte le matin, un fonctionnement qu’imite notre corps, indépendamment du chauffage ou de la climatisation installés dans la pièce. « Si leur sommeil suit le rythme naturel des températures de près et de manière naturelle, alors la qualité de leur sommeil pourrait en effet être plus élevée que ce que l’on observe aux Etats-Unis », estime Kristen Knutson, chercheuse à l’université de Chicago. Jerome Siegel envisage à présent d’étudier la possibilité d’améliorer la qualité du sommeil en reproduisant artificiellement ces conditions.