Contraception masculine : La pilule a du mâle à passer

SANTE Pourtant des méthodes contraceptives destinées aux hommes sont disponibles...

Anissa Boumediene

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Différents moyens de contraception.
Différents moyens de contraception. — SANDRA/TPH/SIPA

Pilule, implant sous-cutané, stérilet ou encore anneau vaginal, quand on regarde quelles sont les méthodes contraceptives les plus proposées, un détail saute aux yeux : elles ne s’adressent qu’aux femmes. Un constat d’autant plus édifiant que seuls 5 % des hommes utilisent le préservatif sur la planète. La contraception ne serait-elle qu’une affaire de femmes ? Rares sont les hommes qui semblent intéressés par la question. Il existe pourtant des méthodes de contraception masculine.

Un désintérêt général

En France, la contraception des hommes semble accuser un désintérêt général. « Seulement 15 % de la gent masculine utilisent le préservatif, 3 % ont recours au retrait et la vasectomie, encore plus marginale, concerne à peine 0,2 % des hommes », indique Cécile Ventola, sociologue à l’Ined et auteure d’une thèse sur la contraception masculine. « Dans l’opinion, la contraception est une problématique féminine, peut-être aussi parce qu’elle a plus de conséquences sur la vie de la femme si elle est mal assurée », analyse-t-elle.

Peu utilisées, les méthodes de contraception masculine ne seraient quasiment pas prescrites par les médecins français. « Même les professionnels de santé véhiculent des représentations de genre, du genre les hommes ne sont pas capables », poursuit Cécile Ventola, qui a noté qu’Outre-Manche, « les médecins maîtrisent davantage l’éventail de méthodes contraceptives ». « Les hommes devraient s’impliquer, c’est aussi à nous d’assumer le non-désir d’enfant », préconise Pierre Colin, cofondateur d’Ardecom, une association pour la recherche et le développement de la contraception masculine. « Mais les laboratoires pharmaceutiques ne semblent pas considérer que cela représente un investissement rentable », regrette-t-il.

Des méthodes contraceptives disponibles

Pourtant, des méthodes contraceptives à destination des hommes existent et sont disponibles. Légale depuis 2001, la vasectomie est difficile d’accès et a peu la cote. L’intervention, simple et sans hospitalisation, reste marginale. « Trop d’hommes ont encore le sentiment que cela reviendrait à les castrer, à les atteindre dans leur virilité », déplore Pierre Colin. En Allemagne pourtant, pas moins de 50.000 vasectomies sont pratiquées chaque année.

Si la pilule contraceptive pour hommes n’a toujours pas vu le jour, une contraception hormonale masculine existe. Encore faut-il trouver un médecin qui accepte de la prescrire. « Seulement deux médecins hospitaliers la prescrivent en France, bien que le protocole, qui consiste en des injections de testostérone, ait été validé par l’OMS et expérimenté sur 1.500 hommes ces trente dernières années », révèle Pierre Colin. La méthode thermique, plus triviale, consiste à « remonter les couilles », décrit avec humour le cofondateur d’Ardecom. Mise au point il y a une trentaine d’années, elle est prescrite uniquement au CHU de Toulouse.

Pour démocratiser ces méthodes de contraception encore confidentielles, Ardecom et le Planning familial de Paris se sont associés. « Il est important de donner aux gens le plus large éventail de choix en matière de contraception », estime Catherine El Mghazli, conseillère conjugale et familiale au Planning Familial.