Laboratoires du Téléthon: «Nos médicaments seront proposés à des prix maîtrisés»

INTERVIEW Pour Laurence Tiennot Herment, la présidente de l’AFM-Téléthon, les premiers médicaments devraient être mis sur le marché d’ici à cinq ans…

Delphine Bancaud

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Tiennot-Herment, présidente de l'AFM-Téléthon
Tiennot-Herment, présidente de l'AFM-Téléthon — DURAND FLORENCE/SIPA

Qui aurait cru qu’une association pourrait un jour jouer dans la cour des grands laboratoires pharmaceutiques ? L’AFM Téléthon a annoncé ce vendredi qu’elle allait créer son propre laboratoire pour produire des médicaments issus des thérapies géniques (introduction d’un gène dans les cellules pour corriger une anomalie) et cellulaires (greffes de cellules pour réparer un organe). La présidente de l’association Laurence Tiennot Herment explique à 20 minutes les ambitions de ce projet pharaonique.

Pourquoi créer votre propre laboratoire ?

C’est la suite logique de notre histoire. Depuis trois décennies, nous finançons la recherche fondamentale de thérapies innovantes, qui doit désormais entamer la phase industrielle, avec la création et la mise sur le marché de ces traitements. C’est le dernier maillon de la chaîne.

Grâce à ce laboratoire, vous allez pouvoir proposer des traitements curatifs pour des maladies rares qui n’en avaient pas. Lesquelles ?

Aujourd’hui sur 6.000 à 8.000 maladies rares, seulement 1 % d’entre elles bénéficient de traitements. Or, pour certaines d’entre elles, des tests cliniques ont pu montrer que les thérapies géniques ou cellulaires étaient efficaces. Nous allons d’abord proposer des traitements pour les maladies liées au déficit immunitaires, aux maladies rares de la vision et aux maladies neuromusculaires.

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Avez-vous les moyens de recruter les meilleurs scientifiques pour créer une telle structure ?

Oui, car l’AFM Téléthon est associée dans cette aventure avec le fonds Société de projets industriels (SPI). L’AFM investira 36 millions d’euros, tandis que SPI investira 84 millions. Au final, 300 personnes travailleront sur ce site et nous n’hésiterons pas à solliciter les meilleurs spécialistes des thérapies innovantes, y compris à l’étranger.

Quand seront proposés vos premiers médicaments ?

Nous espérons qu’ils pourront être mis sur le marché dans les cinq ans qui viennent. Cela dépendra des résultats des tests cliniques et de la validation de l’agence nationale de sécurité du médicament. Ils seront proposés en France comme à l’étranger.

Seront-ils proposés à des prix plus abordables que les traitements des laboratoires classiques pour les maladies rares ?

Nos médicaments seront proposés à des prix maîtrisés. Ces derniers seront calculés à partir des coûts de recherche et de production. Il est aussi important que ces prix soient transparents, ce à quoi nous veillerons.

Ce laboratoire va-t-il également vous permettre d’adapter votre production aux besoins des malades ?

Oui car aujourd’hui, notre premier établissement pharmaceutique, Généthon-Bioprod ne nous permet de produire que des petites quantités de médicaments. Là nous passerons à l’échelle supérieure afin de pouvoir traiter davantage de malades.

Pensez-vous que ce projet va vous permettre de lever encore davantage de fonds auprès de vos donateurs ?

Ce qui est sûr, c’est que ce laboratoire va encore prouver aux Français que notre association sait tenir sa parole, car nous évoquions ce projet depuis longtemps. Cela peut en effet leur donner envie de nous être encore plus fidèles.