Grève des médecins généralistes : les raisons de la colère

BLOCAGE De nombreux  médecins devraient laisser leur cabinet fermé lundi dans toute la France…

R.S.

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Le 09 septembre 2011. Illustration d'une consultation chez un medecin generaliste en Essonne . /// V. WARTNER / 20 MINUTES
Le 09 septembre 2011. Illustration d'une consultation chez un medecin generaliste en Essonne . /// V. WARTNER / 20 MINUTES — V. WARTNER / 20 MINUTES

Rideaux baissés, stéthoscopes remisés, les médecins ont commencé samedi un mouvement de grève pour demander le retrait du projet de loi santé, en fermant leur cabinet, mais l’ampleur de la mobilisation était difficilement mesurable, selon leurs syndicats. Le mouvement se poursuivra donc jusqu’à mardi, date du vote de la loi au sénat, avant son retour à l’Assemblée nationale.

Le rejet d’une « dévalorisation » de la médecine. Dans un premier temps, les syndicats s’accordent sur un point : la consultation à 23 euros doit être revalorisée, selon le principe d’équité avec d’autres spécialités. MG France, le principal syndicat réclame 2 euros d’augmentation. D’autres poussent jusqu’à 7 euros. Une façon de mettre la pression sur la sécurité sociale avec qui les médecins renégocieront leurs tarifs début 2016. L’autre combat des généralistes concerne le renouvellement de la profession. « C’est une loi inadaptée aux vrais problèmes comme la baisse de la démographie médicale », peste Jean-Paul Hamon, président du syndicat FMF (Fédération des médecins de France). En fac, l’option « généraliste » est de moins en moins prisée par les étudiants. Les départs en retraite ne sont plus toujours remplacés, surtout en zones rurales.

Le rejet de la « bureaucratisation » de la médecine. Deux Français sur trois sont favorables au tiers payant généralisé (le patient n’avance plus les frais de la consultation) aujourd’hui. Le processus permet à chacun de bénéficier d’une consultation, même s’il n’a pas les moyens de débourser la somme demandée. Mais cela ne plaît pas vraiment à une grande partie des médecins qui anticipent déjà des retards de paiements de la part de l’assurance maladie et des nombreuses complémentaires santé. Ils dénoncent aussi la « paperasse » générée par cette mesure. Comptabilité, dépouillement de courriers, vérifications des mises à jour des cartes vitales sont autant de tâches administratives qui n’incombaient pas forcément aux généralistes il y a quelques années. Beaucoup ne conçoivent plus cette médecine comme leur métier et se retirent sur un ultime « le tiers payant m’a tuer ».

Le rejet de « l’étatisation » de la médecine. Le projet de loi prévoit des « communautés professionnelles territoriales de santé », visant à mieux encadrer les parcours de soins, notamment autour des patients touchés par des maladies chroniques. Côté médecins, on y voit une « étatisation » de la santé et la mise en péril, selon eux, de l’exercice libéral. « Nous refusons d’être placés sous la tutelle des mutuelles et de l’Etat », clame Eric Henry, président du syndicat SML. « C’est l’indépendance du couple médecin-patient qui est remise en cause avec cette loi. Nous ne voulons pas que des puissances financières interfèrent dans notre travail ».

 

Malgré la fermeture des cabinets, la prise en charge des patients devrait être assurée via des réquisitions de médecins. Le ministère de la Santé assure avoir pris, en lien avec les Agences régionales de santé (ARS), les dispositions nécessaires pour que la continuité des soins soit assurée et pour que chaque patient puisse être pris en charge dans de bonnes conditions sur l’ensemble du territoire.