Des soignants font voyager les malades d’Alzheimer dans leur passé

SOINS A l'occasion de la journée d'Alzheimer, le 21 septembre, reportage dans une maison de retraite où un atelier replonge les résidents dans l’ambiance de l’école d’antan…

Romain Scotto

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Gaston, l'un des résidents de l'établissement pour les malades d'Alzheimer d'Eragny sur Oise, le 17 septembre 2016. Ici, lors d'un atelier «réminiscence» sur l'école.
Gaston, l'un des résidents de l'établissement pour les malades d'Alzheimer d'Eragny sur Oise, le 17 septembre 2016. Ici, lors d'un atelier «réminiscence» sur l'école. — Romain Scotto

Sur les tables traînent de vieux cahiers, un porte-plume, un rapporteur, du papier buvard, quelques billes, ou une corde à sauter. Le décor classique d’une salle de classe d’avant-guerre, en somme. Sauf que les écoliers du jour ont depuis bien longtemps remisé leur cartable. Jacqueline, Gaston, ou Monique sont tous trois des malades d’Alzheimer, résidents à plein-temps d’une maison de retraite d’Eragny/Oise où sont organisés des ateliers de réminiscence.

Pour réveiller leurs souvenirs et les stimuler, le personnel de l’établissement spécialisé replace les patients dans un univers d’antan. « L’objectif, c’est de permettre aux personnes de retrouver leurs souvenirs par rapport à leurs sens », témoigne Aïcha Larbi, psychologue reconvertie en institutrice pour l’occasion. En confrontant les malades à de vieilles images, objets, voire des odeurs, leur mémoire refait lentement surface, parfois de manière surprenante.

Gaston, 101 ans, doyen de la maison

« Ah bah moi l’école, je n’y allais pas trop. C’était plutôt le bistrot avec ma mère », lance Jacqueline très intriguée par un carnet de note de l’époque. Juste à côté, Monique pétille en récitant la Cigale et la Fourmis, juste après avoir évoqué sa première rentrée des classes, tout près d'Oradour/Glane. « On avait surtout peur que les Allemands passent dans notre village. On n’en dormait plus la nuit. Et des années plus tard, vous savez quoi ? Mes enfants ont fait allemand LV1… »

Pour Gaston ou « Toto des Batignolles », doyen de la maison du haut de ses 101 ans, la simple évocation du chemin de l’école communale réveille quelques éléments bien enfouis : « On rentrait en octobre, nous, parce que c’était la fin des récoltes. Pas comme aujourd’hui, avec toutes ces machines », témoigne ce fan de Michel Drucker en tripotant des osselets. La séance se termine autour d’une marelle et quelques interrogations existentielles. « Blague à part, pourquoi je suis là, questionne Gaston. Je vais dormir où ? Ici. Oh merde alors. »

Evaluer ces thérapeutiques

Alors que la France compte 850.000 personnes atteintes par la maladie, ce type de thérapies non médicamenteuses est de plus en plus développé dans les EHPAD (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Mais reste à résoudre la question de la validation de leur efficacité. « Il faut absolument que ces thérapeutiques soient évaluées, soutient le professeur Philippe Amouyel, référent sur la maladie d’Alzheimer en France. Je suis ouvert à tout, pourquoi pas à cela, mais il faut prouver qu'il y a un bénéfice pour les patients. »

Dans le cas de cette maladie incurable, l’évaluation des thérapeutiques demeure complexe. La psychologue de l’établissement en convient. Pour elle, l’essentiel est d’offrir un moment agréable au patient, de valoriser son estime de lui-même en le plaçant au sein d’un groupe. « On ne guérira ni Alzheimer, ni la vieillesse. Donc l’important est l’accompagnement des résidents », témoigne Aïcha Larbi. Pour cela, elle réserve même d’autres ateliers à ses « élèves » : La plage, Noël, ou la Libération.