Professeur Amouyel: «La probabilité d'une transmission physique d'Alzheimer est relativement faible»

RECHERCHE Le spécialiste français de la maladie d'Alzheimer décrypte les enjeux de la dernière découverte des chercheurs britanniques...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le Professeur Philippe Amouyel, épidémiologiste moléculaire des maladies liées au vieillissement.
Le Professeur Philippe Amouyel, épidémiologiste moléculaire des maladies liées au vieillissement. — M.Libert / 20 Minutes

Une découverte sur des personnes décédées de la maladie de Creutzfeldt-Jakob lance l’hypothèse d’une forme de transmission pour la maladie d’Alzheimer. C’est ce qu’avancent des chercheurs britanniques, qui publient leur étude dans la revue Nature. Le professeur Philippe Amouyel, spécialiste français de la maladie, explique quelles perspectives de recherche offre cette avancée.

Si la maladie d’Alzheimer connaît une forme de transmission, est ce que cela signifie qu’elle est contagieuse ?

Non. Ce qui se transmet, entre guillemets, c’est une des caractéristiques de la maladie d’Alzheimer qui est l’amylose. C’est une protéine. Dans le cerveau des malades d’Alzheimer, il y a deux types de lésions dont l’accumulation de protéine amyloïde en dehors des neurones. Si on reprend l’étude, il s’agit de 8 individus morts de la maladie de Creutzfeld-Jacob, induite par l’injection d’hormones de croissance de cerveaux de cadavres. Il se trouve qu’il existe une transmission par un mécanisme appelé prion. La protéine prion a dans certains cas une forme anormale. Quand elle rencontre une protéine de forme normale, elle entraîne sa modification. Et ainsi, on a une diffusion de la maladie.

Quel est le lien entre la maladie de Creutzfeld-Jacob et Alzheimer ici ?

Les malades observés avaient Creutzfeld-Jacob. 4 des patients avaient des lésions que l’on ne retrouve pas à ces âges-là, une accumulation de protéine amyloïde, comme dans la maladie d’Alzheimer. On peut imaginer que l’apparition à un âge jeune de ces lésions peut provenir d’un même mécanisme de type prion. Ce qui est important, c’est le mécanisme de transmission. C’est intéressant pour nous parce que ça nous donne une hypothèse sur le mécanisme de diffusion de la maladie d’Alzheimer au sein du cerveau du patient malade.

Quelles voies cela ouvre pour la recherche ?

Si on sait comment cela se diffuse, on peut trouver les moyens pour bloquer cette diffusion, ralentir la maladie. Mais se pose aussi la question de savoir s’il y a une possibilité de transmission de la maladie par d’autres voies physiques. Comme avec des « graines » qui pourraient être injectées d’une manière ou d’une autre. La probabilité que cela arrive est relativement faible. Par voie orale ? Bon, on ne mange pas de cerveau humain. Là, ce sont des cas très particuliers. Ces sujets ont pris des hormones de croissance extraites de cadavres, ce que l’on ne fait plus. On utilise de l’hormone de croissance de synthèse aujourd’hui. Les autres modes de transmissions pourraient éventuellement avoir lieu au cours d’une neurochirurgie. Mais désormais on nettoie de façon rigoureuse les instruments pour éviter ces éléments-là. Ça pourrait aussi arriver à des chercheurs qui manipulent des cerveaux pour des raisons expérimentales.

Pouvez-vous rappeler les principaux facteurs de risque d’Alzheimer ?

Le premier, c’est l’âge. Plus on est âgé, plus on a un risque. Il y a les antécédents familiaux. Des gens développent plus facilement la maladie pour des problèmes de métabolisme. Il y a aussi les antécédents de maladies cardiovasculaires, un diabète, une hypertension mal traitée et les microtraumatismes crâniens. La sédentarité et le niveau d’éducation enfin. Plus vous avez un niveau d’éducation élevé plus les premiers signes apparaîtront tard dans votre vie. C’est ce qu’on appelle le niveau de réserve cognitive.