Leucémie myéloïde chronique: Deux avancées majeures offrent l'espoir d'une guérison durable

ETUDE Un antidiabétique ainsi que des lymphocytes « tueurs en série » pourraient permettre de combattre durablement voire guérir cette forme de leucémie…

20 Minutes avec agence

— 

Des mutations d'un seul gène prédiraient si une forme de leucémie connaîtra une évolution rapide et fatale, selon une recherche publiée mercredi aux Etats-Unis qui pourrait changer la façon de diagnostiquer et de traiter ce type de cancer.
Des mutations d'un seul gène prédiraient si une forme de leucémie connaîtra une évolution rapide et fatale, selon une recherche publiée mercredi aux Etats-Unis qui pourrait changer la façon de diagnostiquer et de traiter ce type de cancer. — Frank Perry AFP/Archives

La leucémie myéloïde chronique (LMC) qui représente 15 à 20 % des leucémies avec environ 600 nouveaux cas par an en France, est une maladie à évolution lente qui affecte les cellules-souches de la moelle osseuse mais qui reste pour l’heure sans traitement définitif.

Pour l’heure… puisque, les chercheurs de l’Institut des Maladies Émergentes et des Thérapies Innovantes (iMETI) de Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) affirment avoir mis au point une nouvelle thérapie qui, en éliminant les cellules-souches cancéreuses, permettrait de supprimer durablement la maladie.

Utiliser un « simple médicament contre le diabète »

Les travaux publiés, ce mercredi, dans la revue britannique Nature, « représentent un solide espoir de guérison définitive pour les malades atteints de LMC », estime le CEA, organisme public de recherche et maison mère de l’iMETI

Le traitement standard actuel contre la LMC repose sur l’imatinib (Glivec), molécule performante pour éliminer la masse tumorale et museler durablement la maladie, mais ayant peu d’effet sur les cellules-souches leucémiques (CSL) « à l’origine de la maladie et des rechutes ». Aussi, ce type de leucémie « ne se résorbe jamais vraiment » et « oblige le patient à suivre ce traitement à vie », explique le CEA. Le Dr. Stéphane Prost et ses collègues de l’iMETI ont cependant découvert comment cibler spécifiquement les CSL, en se servant d’un « simple médicament nouvellement utilisé pour traiter le diabète de type II, la pioglitazone »

Un nouvel essai « en double aveugle » en fin d’année

Un premier essai a été mené avec le Pr Philippe Rousselot de l’hôpital Mignot de Versailles sur des patients diabétiques atteints de LMC. Puis un essai clinique a été mené sur 24 patients souffrant de manière « résiduelle » de LMC malgré le traitement par imatinib (ils ont pris un traitement combiné d’imatinib et pioglitazone sur neuf mois).

Après cette période, 57 % d’entre eux étaient en rémission complète contre « seulement 27 % » pour le groupe témoin traité avec seulement l’imatinib. Les trois premiers patients traités restaient en rémission totale pratiquement cinq ans après l’arrêt de la pioglitazone. Un nouvel essai « en double aveugle » (avec tirage au sort des patients) pour tester cette bithérapie sur plusieurs années, devrait démarrer en fin d’année, a précisé le Pr Rousselot.

Des lymphocytes modifiés qui attaquent et détruisant le cancer

Parallèlement, un traitement modifiant génétiquement les cellules immunitaires de patients souffrant de leucémie lymphoïde chronique (LLC) pour qu’elles attaquent et détruisent le cancer a, également, montré des résultats prometteurs.

Huit des 14 adultes ayant participé à l’étude, dont les résultats ont été publiés ce mercredi dans le journal Science Translational Medicine, ont répondu au traitement : quatre d’entre eux ont présenté une rémission à long terme et les quatre autres ont réagi seulement partiellement au traitement. La première personne à avoir été soumise au traitement expérimental a même récemment passé le cap des cinq ans de rémission. Deux autres patients n’ont pas connu de rechute depuis quatre ans et demi. Le quatrième avait été en rémission pendant 21 mois avant de mourir d’une infection liée à une opération chirurgicale, sans rapport avec la leucémie.

Cancer : Cinq bonnes nouvelles venues du plus grand colloque mondial

Cette immunothérapie personnalisée, connue sous le nom de CTL019, a été développée par des chercheurs du Abramson Cancer Center et de la Perelman School of Medicine, qui dépendent de l’université de Pennsylvanie. « Les examens que les cellules modifiées restent dans leurs corps pendant des années après y avoir été injectées, sans aucun signe » de cellules cancéreuses, résume l’un des auteurs de l’étude, Carl June, professeur à l’université de Pennsylvanie. Autrement dit, cela indiquerait qu’au moins certaines des cellules CTL019 conservent leur faculté à chasser les cellules cancéreuses pendant longtemps.

Vers un prix Nobel ?

Ce traitement expérimental est élaboré à partir des propres lymphocytes T des patients, responsables de la défense immunitaire. Ils sont prélevés puis génétiquement modifiés pour qu’ils soient capables d’attaquer sélectivement les cellules cancéreuses. A l’époque des premiers résultats, en 2011, Carl June avait qualifié ces lymphocytes T modifiés de « tueurs en série ».

Jacqueline Barrientos, oncologiste au North Shore-LIJ Cancer Institute, juge cette approche « révolutionnaire » et confie que de nombreux chercheurs s’attendent à ce que Carl June reçoivent le prix Nobel un jour pour avoir ouvert une nouvelle voie dans le traitement du cancer.