Santé connectée : Pourquoi Sanofi s’allie-t-il à Google ?

ENTREPRISE Le laboratoire français a signé un contrat avec le moteur de recherche…

Romain Scotto

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Stand de Sanofi au Salon Aactionaria le 21 novembre 2014 à Paris, avec un écran qui suit la cote du groupe en Bourse
Stand de Sanofi au Salon Aactionaria le 21 novembre 2014 à Paris, avec un écran qui suit la cote du groupe en Bourse — Eric Piermont AFP

Mesurer son taux de glycémie grâce à une montre connectée et prendre un médicament antidiabétique en conséquence ne sera peut-être plus si incongru dans les années à venir. En signant un accord avec Google, le laboratoire français Sanofi est entré de plain-pied dans la médecine 3.0. Une nécessité stratégique selon Laurent Alexandre, chirurgien urologue, spécialiste du big data dans le domaine de la santé, également fondateur de Doctissimo et DNAVision, une société de séquençage ADN.

Ne pas rater le virage de la médecine du futur. Avec l’apport de nouvelles technologies, l’essentiel de la valeur ajoutée de la médecine de demain émanera des données. L’enjeu sera de « traiter les milliards d’informations qu’on aura sur chaque malade. On va bientôt avoir le séquençage ADN personnalisé. Cela représente 10.000 milliards d’informations par malade », s’emballe Laurent Alexandre. L’idée finale est de personnaliser les traitements à partir de ces données. Sanofi compte donc sur le savoir-faire numérique de Google pour « collecter, analyser et comprendre les multiples sources d’information impactant le diabète de type 1 et de type 2 », comme il l’indique dans son communiqué.

Rester compétitif. Il y a évidemment une part d’effet d’annonce de la part du labo. Pour des raisons boursières, Sanofi ne peut rester à l’écart de cette médecine à base d’algorithmes. D’autant que des laboratoires concurrents comme Novartis ont déjà franchi le pas en développant des lentilles de contact « intelligentes », permettant de mesurer en temps réel le taux de glucose des patients. Cette alliance est donc « une nécessité pour que les marchés financiers ne se posent pas la question des intentions de Sanofi », poursuit Laurent Alexandre. Ne pas s’allier à Google aujourd’hui « conduirait les laboratoires à la marginalisation. »

Le traitement du diabète, un marché porteur. 60 milliards d’euros d’ici cinq ans. Les perspectives économiques sont vastes pour les laboratoires, notamment en raison de la croissance de l’obésité dans le monde. La fédération internationale du diabète annonce 592 millions de malades à l’horizon 2035. Le diabète reste aussi une maladie à fortes complications. En mesurant des milliards de données chez les personnes atteintes, il s’agit de mieux comprendre comment les traiter, réduire le risque de complications et in fine - soyons fous - d’abaisser le coût des soins.

Un intérêt en matière d’observance des traitements. L’un des principaux problèmes chez les diabétiques reste l’observance du traitement. Les malades ne respectent pas toujours les consignes des médecins. « Avec l’arrivée de nouvelles technologies permettant de suivre en continu et en temps réel l’état de santé des patients, nous pouvons envisager des méthodes plus "proactives" et efficaces de contrôle du diabète », indique le géant de la Silicon Valley dans le communiqué. Chez les patients à risque, ou peu rigoureux, un système d’alerte sur smartphone pourrait être envisagé. Dans ce domaine, Google est aussi en terrain conquis puisqu’il contrôle près de 85 % des téléphones dans le monde via sa filiale Androïd.