«Viagra rose»: Tout savoir sur la pilule controversée du désir sexuel féminin

MEDICAMENT Destinée aux femmes non-ménopausées souffrant de déficit du désir sexuel, l’Addyi va bientôt être commercialisé aux Etats-Unis...

Nicolas Bégasse

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La pilule de traitement du déficit de désir sexuel Addyi.
La pilule de traitement du déficit de désir sexuel Addyi. — Allen G. Breed/AP/SIPA

Feu vert pour la pilule rose : l’administration américaine chargée de délivrer les autorisations de mise sur le marché des médicaments, la FDA, a donné son accord mardi pour la commercialisation d’Addyi, présenté comme le « Viagra féminin ». Destiné aux femmes non-ménopausées souffrant d’un déficit de désir sexuel, il est controversé : à cause de son efficacité toute relative et de ses nombreux effets secondaires, il avait déjà fait l’objet de deux refus de la part de la FDA. Pour tout comprendre à la polémique entourant ce médicament, 20 Minutes fait le point en 5 questions.

C’est quoi, le déficit de désir sexuel ?

Il s’agit d’une déficience persistante de l’imaginaire érotique et du désir d’activité sexuelle, qui cause une détresse chez le patient et n’est pas expliqué par la dépression, la prise de médicaments, un stress postopératoire, etc. « Beaucoup de patientes s’en plaignent, assure à 20 Minutes la sexologue Ghislaine Paris, car elles en souffrent personnellement et au niveau de la vie de couple. » Selon elle, ce trouble concernerait aussi des hommes, mais en moindre proportion. Et il ne s’agit pas que d’une histoire de psychologie : « Il faut sortir la sexualité féminine du ghetto où on l’a enfermée : la tête de la patiente », lance la sexologue, pour qui le trouble peut être causé aussi bien par le corps que par l’esprit.

Comment fonctionne le médicament ?

Bonne question. La flibansérine, dont Addyi est le nom commercial, était à la base un antidépresseur dont on a découvert qu’il agissait sur le désir sexuel. Il agit sur les récepteurs de dopamine et de sérotonine. Mais comme l’admet la FDA, « le mécanisme qui fait que le médicament augmente le désir sexuel est inconnu ».

Est-ce que c’est efficace ?

La règle d’or pour qu’un médicament soit mis sur le marché, c’est que ses effets bénéfiques soient plus importants que ses effets secondaires nocifs. Addyi, lui, est à la limite. Son effet positif est bien là, mais il est qualifié par le comité consultatif de la FDA de « modéré » et « marginal ». En face, on retrouve plusieurs effets nocifs potentiels : baisse de tension, évanouissement, nausée, et il est fortement recommandé de ne pas boire d’alcool ou de prendre une pilule contraceptive pendant le traitement -Addyi se prenant tous les soirs au coucher.

Comment expliquer le revirement de la FDA ?

C’est après deux refus, en 2010 et 2013, que la FDA a fini par accepter la mise sur le marché de la pilule rose, suivant l’avis consultatif d’un comité d’experts. Pourtant, celui-ci n’a reçu aucune nouvelle étude montrant une plus grande efficacité de la flibansérine ou une moindre nocivité de ses effets secondaires. Ce qui a changé, c’est le lobbyisme : après le refus de 2013, le laboratoire produisant Addyi, Sprout Pharmaceuticals, a aidé à mettre sur pied un collectif baptisé Even the Score (« rétablir l’équilibre »), militant en faveur du médicament. Avec un argument phare : les hommes ont le Viagra, pourquoi les femmes n’ont rien ? La FDA avait répondu que le Viagra traitait un problème mécanique, le dysfonctionnement érectile, et qu’aucun médicament traitant le désir sexuel, masculin ou féminin, n’existait. Que ce lobbyisme en soit responsable ou pas, le comité d’experts s'est en tout cas prononcé en juin pour un feu vert -avec de fortes restrictions- à 18 voix contre 6.

Le verra-t-on un jour en France ?

Sans doute disponible mi-octobre aux Etats-Unis, Addyi débarquera-t-il en France ? Contactée par 20 Minutes, l’Agence du médicament (ANSM) indique n’avoir « pas reçu de demande de mise sur le marché, ni en France ni en Europe ». Mais pour Ghislaine Paris, avec toute la précaution qui s’impose, voir la pilule rose débarquer en France ne serait pas forcément un mal. « A l’époque, le Viagra a été une révolution, se souvient-elle, les gens se sont mis à consulter, à parler des troubles de l’érection... Je ne sais pas si ce médicament-là sera efficace, mais il pourra servir de support pour parler de la sexualité féminine. »