Cinq cents morts seraient dus à l'antidiabétique Mediator. Mais selon le Dr Irène Frachon, c'est un chiffre « a minima que l'on pourrait multiplier par 2, 3 ou 4 ».
Cinq cents morts seraient dus à l'antidiabétique Mediator. Mais selon le Dr Irène Frachon, c'est un chiffre « a minima que l'on pourrait multiplier par 2, 3 ou 4 ». — DIALOGUES

INTERVIEW

Affaire du Mediator: «Je veux que François Hollande suspende le décret sur la décoration d'Henri Nallet», explique Irène Frachon

La pneumologue qui a révélé en 2009 le scandale du Mediator explique la colère des victimes au lendemain de la décoration de l'ancien ministre...

Stupeur et incompréhension chez les victimes du Mediator. Ce 14 juillet, l'ancien Garde des sceaux Henri Nallet a été élevé au rang de commandeur de l’Ordre de la légion d’honneur. Pourtant, dans l’affaire du Mediator, il a endossé le statut de témoin assisté pour trafic d’influence. Henri Nallet aurait en effet vendu son carnet d’adresses pour des millions d’euros à Jacques Servier, qui s’en serait servi pour se protéger auprès des politiques entre 1997 et 2013. Cette décoration choque donc les victimes et soulève la colère d’Irène Frachon, la médecin qui a révélé l’affaire. 20 minutes a recueilli son point de vue après la lettre de protestation envoyée au président Hollande.

Mediator: L'ex-garde des Sceaux Nallet entendu comme témoin assisté

Pourquoi avoir contesté la décoration de l’ancien ministre, Henri Nallet ? 

Henri Nallet avait sûrement envie de se faire de l’argent lorsqu’il a rejoint le laboratoire Servier en 1997. Il a été payé très cher notamment pour son carnet d'adresse et Jacques Servier s’en est servi pour protéger les intérets de son laboratoire. De 1997 à 2008, il touche 2,7 millions d’euros pour ses fonctions au sein du groupe pharmaceutique. Je pense qu’Henri Nallet n’était peut-être pas au courant à ce moment-làde la criminalité de cette entreprise, mais on ne peut pas laisser un homme qui a eu autant d’importance dans l’affaire du Mediator se faire décorer. Ce médicament a fait des milliers de morts, et des gens en souffrent encore tous les jours. Je ne peux pas laisser passer ça. C’est glaçant !

Les victimes se sentent-elles abandonnées face à ce décret ? 

Elles se sentent abandonnées alors qu’elles ne devraient pas. Mais c’est une horreur de découvrir ça un matin dans la presse, alors que vous vous battez tous les jours contre un médicament qui vous a laissé des séquelles scandaleuses. Pourtant Erik Rance, le directeur de l’Office National d’indemnisation des accidents médicaux, se bat pour cette cause et est extraordinaire, tout comme la ministre de la Santé, Marisol Tourraine. Alors comment peut-on laisser passer un message aussi contre-productif ? Je suis désarçonnée.

Avez-vous eu l’impression que l’affaire du médiator était méprisée ? 

Est-ce que c’est une erreur de la part du gouvernement ou vraiment un mépris ? Je ne sais pas, mais je n’arrive pas à croire que ça pourrait être du mépris. Le gouvernement ne peut pas faire un bras d’honneur aux victimes, ce n’est pas possible et ça n’a jamais été leur discours. Le ministère de la Santé, comme je l’ai évoqué, se donne beaucoup de mal pour que les indemnités aillent à leur terme malgré le refus de Servier de payer. On ne comprend pas une telle décision alors que l’Etat se montre très ferme par ailleurs.

Avez-vous eu une réponse à votre lettre ? 

Non je n’ai pas encore reçu de réponse pour le moment. J’ai aussi envoyé un courrier directement à l’Elysée. Je demande une réunion avec François Hollande et les victimes. Mais il n’est pas question que cette histoire passe inaperçue.

Qu’attendez-vous aujourd’hui de François Hollande ? 

Je veux qu’il suspende ce décret. Henri Nallet ne peut pas être promu au grade de commandeur de l’Ordre de la légion d’honneur. Ça n’a aucun sens et surtout c’est irrespectueux envers les victimes. Ce laboratoire est responsable de milliers de morts, la légion d’honneur décernée à l'un de ses conseiller est choquante. On se sent trahis et on ne comprend pas, on a l’habitude de lutter contre Servier, mais le gouvernement nous a toujours soutenus et cette décision nous sidère. Le symbole est inacceptable.