Publicité pour l'alcool: Ce que pourrait changer l'amendement à la loi Evin

SANTE Le texte distingue information et publicité sur l'alcool...

A.B.

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Des bouteilles de vin de Bordeaux
Des bouteilles de vin de Bordeaux — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Une publicité pour l’alcool à la télévision ? C’est un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, mais les choses pourraient bientôt changer. Les députés ont modifié dans la nuit de mercredi à jeudi la loi Evin, en refusant de revenir sur un amendement du Sénat distinguant information et publicité sur l’alcool, et ce contre l'avis du gouvernement.

« Détricoter la loi Evin »

« Le vote de cette nuit est un coup dur porté à la santé publique. Je regrette que la loi Macron serve à détricoter la loi Evin », a déclaré ce jeudi la ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui souhaite que « la suite du débat parlementaire permette de rétablir la loi Evin ». « On ne doit pas pouvoir parler d’un produit (l’alcool) qui a un effet néfaste sur la santé publique (…) comme on parlerait de produits de consommation courante », s’est insurgé sur BFMTV Claude Evin, qui a porté le texte en 1991.

« La loi Evin permet d’encadrer, et non pas d’interdire, la publicité pour l’alcool ». « Cet équilibre entre les intérêts de santé publique et les intérêts économiques fonctionnait bien. Il ne fallait pas y toucher », a estimé Marisol Touraine, évoquant les « 50.000 personnes qui meurent chaque année des conséquences d’une consommation excessive d’alcool ».

Assurer la survie de la viticulture

Cet amendement « vise à éviter que, dans notre pays, dont la tradition viticole ancestrale s’est fortement imprimée dans la culture, et désormais dans notre économie et dans les rares succès de notre commerce extérieur, il devienne risqué pour un journaliste, un cinéaste ou un romancier d’évoquer nos produits vinicoles ou d’y faire référence », justifie le député PS de la Gironde Gilles Savary, qui dénonce une « surréaction du lobby hygiéniste ».

Il s’agirait donc de défendre la liberté d'expression ? Pas tout à fait. L’initiative du texte incriminé revient à deux parlementaires particulièrement engagés dans la défense de la filière vitivinicole : Gérard César, député de la Gironde (Les Républicains) et viticulteur de profession, et Roland Courteau sénateur de l’Aude (PS), ex-coprésident de l’A.N.E.V. (Association Nationale des Élus de la Vigne et du Vin).

«La porte ouverte à un retour de la publicité pour l’alcool»

« Aujourd’hui, certains journaux sont condamnés parce qu’ils font des reportages sur le vin ou sur les régions viticoles, explique Gérard César. Résultat, pour ne pas être sanctionnés, ils font de l’autocensure et renoncent par exemple à faire des articles sur l’œnotourisme, qui est pourtant un vrai atout pour l’attractivité et le développement économique de notre pays », ajoute-t-il.

Une référence aux trois (seuls) précédents de condamnations de titres de presse. L’une d’elles concerne un article de Paris Match, condamné en 2011 pour un article consacré Scarlett Johansson en égérie de la marque de spiritueux Moët & Chandon.

« C’est la porte ouverte à un retour de la publicité pour l’alcool », redoute Claude Evin.