La probable commercialisation d'un aphrodisiaque féminin, bonne nouvelle ou nouveauté inquiétante?

SEXOLOGIE Aux Etats-Unis, le Flibanserin, pilule censée stimuler le désir des femmes pourrait, après deux échecs et bien des polémiques, être commercialisé…

Oihana Gabriel

— 

Le Flibanserin, de Sprout Pharmaceuticals, pourrait devenir le premier médicament pour booster la libido féminine à être autorisé aux Etats-Unis.
Le Flibanserin, de Sprout Pharmaceuticals, pourrait devenir le premier médicament pour booster la libido féminine à être autorisé aux Etats-Unis. — A.BREED/AP/SIPA

Booster le désir féminin à l’aide d’une pilule, le rêve de bien des laboratoires… Qui pourrait se transformer en réalité après bien des échecs et débats. Le Flibanserin pourrait être commercialisé aux Etats-Unis après le feu vert (sous conditions) des experts de l’Agence américaine des médicaments (FDA). Le produit a montré une efficacité limitée « mais statistiquement significative ». Mais le Flibanserin, surnommé « Viagra féminin », n’est pas le seul à relever le défi de redonner goût au sexe aux femmes. D’autres produits, qui entrent aux Etats-Unis dans des essais à grande échelle, pourraient s’inviter dans nos pharmacies d’ici 2016 : Lybrido et Lybridos. Le premier cible à la fois la tête et le corps (un principe psycho actif et un principe stimulant), Lybridos envoie vers le cerveau un stimulant et un désinhibant pour celles qui ont un blocage.

« Il répond à une vraie détresse de beaucoup de femmes »

Pour Pascal De Sutter, clinicien et chercheur belge, spécialisé dans la sexologie, la commercialisation de ce médicament serait une bonne nouvelle. « Parce qu’il répond à une vraie détresse de beaucoup de femmes. Selon mes études, une femme sur deux souffre d’un manque de désir sexuel contre 20 % des hommes », explique l’auteur de Désir, roman sexo-informatif ? (éditions Odile Jacob).

Mais cette pilule n’a rien d’un remède miracle préviennent les sexologues. « Il doit être prescrit après un diagnostic d’un professionnel dans le cas d’une baisse importante de libido pendant plus d’un an, souligne Pascal de Sutter. Mais surtout ce n’est pas un remède à vie. Le prendre de manière récréative peut s’avérer dangereux, l’utiliser quand le couple fait face à une crise sans accompagnement risque d’être inefficace. »

Une pilule qui s’est fait attendre

Mais les hommes ont droit à leur pilule bleue… C’est justement sur cette comparaison avec le Viagra, autorisé en 1998 aux Etats-Unis, que plusieurs associations féministes ont revendiqué cet accès à un équivalent pour les femmes. Car si le Flibanserin arrive finalement dans le commerce, après deux rejets en 2010 et 2013, il se sera fait attendre. A juste titre, selon Elisa Brune, journaliste scientifique et auteure de Le secret des femmes, Voyage au cœur du plaisir et de la jouissance (éditions Odile Jacob). « S’il s’agissait juste de faire des bénéfices, on aurait pu commercialiser un médicament depuis dix ans. » Et les tâtonnements s’expliquent aussi par l’exigence. « Plusieurs produits ont été disqualifiés car sans effets probants, d’autres semblaient efficaces mais entraînaient parfois des effets secondaires. Ce qui veut dire que l’administration est très sévère quant à l’utilité réelle et l’innocuité absolue d’une molécule ciblée sur la sexualité. »

Et pour Pascal De Sutter, ce délai s’explique par la complexité du sujet. « Ce médicament révolutionnaire n’a rien d’un Viagra pour femmes. Le Viagra ne crée pas du désir, à la différence du Flibaserin. Même si ses résultats sont mitigés. Mais jouer avec un phénomène aussi multifactoriel que le désir féminin s’avère bien plus complexe que maintenir le sang dans un pénis. »

Mais aussi par une société encore conservatrice. Les détracteurs d’un aphrodisiaque pour femmes criaient au scandale de transformer de bonnes mères de famille en nymphomanes… « En 1900, une femme qui exprimait un désir sexuel était traité de folle, d’hystérique ou de prostituée ! souligne Pascal de Sutter. On a basculé après la Deuxième guerre mondiale vers une plus grande égalité entre hommes et femmes mais on est encore en retard. » Au-delà d’une société conservatrice, la peur du désir féminin est toujours d’actualité. « Ce médicament donne envie de faire l’amour, pas de son mari ! C’est sûr, si ce médicament est commercialisé en Europe, ça va faire parler. Le désir féminin fait toujours peur, la preuve avec le nombre de pays qui autorisent encore l’excision… »

>> Et vous, pensez-vous que la commercialisation d’un aphrodisiaque féminin serait utile? Êtes-vous disposée à l'utiliser? Pourquoi? Réagissez dans les commentaires ou via contribution@20minutes.fr