Chirurgie de l'obésité: «Il faut une prise en charge psychologique du patient pour que l'opération soit efficace»

SANTE L’efficacité à long terme de la chirurgie bariatrique est optimisée par une prise en charge préalable des patients souffrant d’obésité…

Anissa Boumediene

— 

Illustration obésité.
Illustration obésité. — TIM SLOAN / AFP

C’est l’un des sujets de préoccupation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui prédit une épidémie d’obésité en Europe d’ici à 2030. En France, 6,5 millions de personnes sont considérées comme obèses, avec à la clé d’importants risques de comorbidités : problèmes cardiovasculaires, diabète, hypertension, apnées du sommeil ou encore problèmes articulaires. Pour nombre de personnes touchées par l’obésité, la chirurgie bariatrique semble être la solution. A l’occasion ce samedi de la journée européenne de l’obésité, 20 Minutes fait le point sur cette procédure qui permet une perte rapide et massive de poids.

Des interventions efficaces, mais lourdes

La chirurgie bariatrique consiste à réduire le volume de l’estomac et s’adresse uniquement aux personnes en important surpoids. « Ce sont des interventions efficaces, mais lourdes », indique le Dr Patrick Bergevin, chirurgien et membre du think tank ObésitéS. L’anneau gastrique, qui a connu un très fort engouement, permet de bloquer l’appétit au moyen d’une bague placée sur la partie haute de l’estomac. « C’est la technique qui peut sembler la plus anodine mais en pratique, elle est fréquemment mal supportée par les patients, d’autant qu’elle suppose une grande discipline et un suivi très rigoureux et peut se solder par le retrait de l’anneau. Donc par le retour des kilos », avertit le chirurgien.

« Les autres techniques, le Bypass et la Sleeve, consistent à retirer définitivement une partie de l’estomac. La perte est de poids après ces deux types d’opérations est fulgurante, ce qui les rend très attractives auprès des candidats à la chirurgie bariatrique, qui sont des femmes dans 80 % des cas. Souvent jeunes et mères de famille, précise Patrick Bergevin. Or cela reste une intervention chirurgicale, avec les risques qu’elle comporte. »

Traiter les causes de l’obésité

La chirurgie de l’obésité permet de perdre rapidement plusieurs dizaines de kilos. Pour autant, échecs et récidives et réopérations sont parfois au rendez-vous. En cause : le manque d’accompagnement des patients, qui peuvent dans certains cas reprendre une partie du poids perdu. « Subir une opération ne suffit pas. Une prise en charge psychologique et nutritionnelle en amont de l’opération devrait être instaurée, tout comme un suivi rigoureux », recommande le chirurgien, qui organise des réunions d’information auxquelles ses futurs patients assistent. L’occasion de rencontrer d’anciens opérés et de mieux appréhender ce qui les attend.

« La chirurgie bariatrique est espérée comme une solution miracle par les personnes souffrant d’obésité, qui ont souvent essayé tous les régimes possibles et imaginables sans pour autant réussir à perdre du poids », décrypte Catherine Grangeard, psychanalyste et auteur de Comprendre l’obésité (Albin Michel). « La chirurgie est un outil, pour traiter le symptôme qu’est la surcharge pondérale. Mais pour être durablement efficace, il faut traiter les causes de l’obésité, qui le plus souvent sont d’ordre psychologique », poursuit-elle.

« Les patients n’ont pas toujours conscience de ces causes. Violences sexuelles, phénomène d’identification lorsqu’on a grandi entouré de personnes obèses et diktat de la minceur peuvent déclencher des désordres alimentaires qui mènent à l’obésité », explique la psychanalyste. « Or, si la cause des pulsions alimentaires n’est pas traitée, le patient opéré s’expose à une reprise de poids », renchérit le Dr Patrick Bergevin.

A ce jour, plus de 600 millions de personnes à travers le monde sont touchées par l’obésité.

explique le Dr Patrick Bergevin, chirurgien digestif à la clinique d'Aubergenville et membre du think tank ObésitéS