Maroc: L'avortement légalisé a minima

SOCIETE Alors que près de 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour dans le pays...

20 Minutes avec agence

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Le roi du Maroc Mohamed VI, photographié le 30 mai 2014 victime d'une plainte d'un ancien officier
Le roi du Maroc Mohamed VI, photographié le 30 mai 2014 victime d'une plainte d'un ancien officier — Fethi Belaid AFP

L’information est passée quasiment inaperçue. Mais alors que le débat sur l’avortement fait rage depuis plusieurs années et s’est intensifié ces derniers mois au Maroc, le pays a annoncé ce 15 mai, dans un communiqué royal, la prochaine légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Si certains, comme les militants des droits de l’Homme, ont évoqué sur RFI, une « belle avancée » dans un pays gouverné en majorité par le parti islamiste Parti de la justice et du développement (PJD). D’autres dénoncent déjà une légalisation a minima. Car, le roi Mohamed VI a fait savoir que l’avortement serait autorisé sous certaines conditions.

« Il ne faut plus rester hypocrites »

Après deux mois de consultations menées auprès des instances religieuses et de la société civile, la loi, qui devrait être finalement adoptée, prévoit une interruption de grossesse en cas de « malformation fœtale, de viol ou d’inceste ». Ces trois autorisations viennnent s’ajouter à celle déjà prévue en cas de danger pour la santé de la mère. Mais les avortements en cas de grossesses non désirées de mineures ou de mères de familles nombreuses resteront toujours interdits.

« Si la femme ne veut pas de cet enfant, imaginez comment cet enfant va être élevé. Il faut reconnaître qu’il existe des relations en dehors du mariage et qu’il peut y avoir des grossesses non désirées. Il ne faut plus rester hypocrites », lâche Najwa Koukous de l’association féminine Bayt Al Hikma, cité par la radio.

L’IVG puni d’un à cinq ans de prison

Au Maroc où près de 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour et où l’IVG était puni d’un à cinq ans de prison, cette loi était très attendue. Notamment depuis la diffusion, en décembre 2014 sur France 2, d’un reportage sur le drame des avortements clandestins au Maroc.

Le document, tourné dans une maternité de Rabat, avait dénoncé les drames vécus par les femmes et jeunes filles contraintes d’avorter dans des conditions souvent déplorables, et provoqué ce profond débat de société. Et si les lignes semblent bouger, il est à noter que le nouveau code pénal du royaume, en cours de réforme, exclut encore la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage, toujours passibles d’un an de prison ferme.