Des inégalités entre femmes devant le coût des soins d'un cancer du sein

SANTE La Ligue contre le cancer publie ce jeudi un rapport sur les difficultés rencontrées par les femmes atteintes d'un cancer du sein et ayant subi une mastectomie...

Anissa Boumediene

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Cancer du sein. Photo d'illustration.
Cancer du sein. Photo d'illustration. — SERGE POUZET/SIPA

Comment se reconstruire après une mastectomie? Ce jeudi, la Ligue contre le cancer publie une enquête* sur le cancer du sein afin de mieux comprendre le parcours dans la maladie des femmes ayant subi une mastectomie. Conséquences psychologiques, matérielles et financières: le rapport met en lumière les principales difficultés rencontrées par ces femmes.

Une information claire et un suivi psychologique

Vécue par les patientes comme violente et ressentie comme une mutilation, la mastectomie altère l'image que les femmes ont d'elles-mêmes. Une perte de confiance en soi qui impacte la vie professionnelle, sociale, familiale et intime. Pour se réapproprier ce nouveau corps et cette poitrine qui n'est plus la leur, la reconstruction peut être physique, mais «elle est aussi psychologique», insiste Emmanuel Jammes, délégué à la mission société et politique de santé de la Ligue contre le cancer et auteur de l'étude. 

Qu'elles optent ou non pour une reconstruction mammaire, les patientes ont besoin d'une information claire et d'un suivi psychologique. «Or aujourd'hui, ce suivi n'est pas intégralement remboursé et il n'existe aucun état des lieux exhaustifs des chirurgiens et anesthésistes pratiquant la reconstruction mammaire sans dépassements d'honoraires», regrette-t-il.

Des restes à charge importants

Le cancer est une affection de longue durée (ALD) dont les traitements sont pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie. «Mais certains frais directement liés à la maladie et à la mastectomie ne sont pas remboursés, ou pas entièrement, précise Emmanuel Jammes. Ce qui laisse des restes à charge importants pour les patientes». Plus d'un tiers des femmes (36%) ayant reçu des soins supplémentaires après une mastectomie doivent supporter un coût moyen de 456 euros. Celles qui optent pour une reconstruction mammaire doivent ajouter 1.391 euros de leur poche. Un surcoût en grande partie engendré par les dépassements d'honoraires des praticiens. «Même celles qui n'ont pas eu de reconstruction ont des frais à régler après leur mastectomie. Pour 90% d'entre elles, il faut débourser 256 euros par an pour avoir une lingerie adaptée (environ 90 euros le soutien-gorge), s'équiper de prothèses externes (145 euros la prothèse) ou même s'acheter une crème qui soulage les démangeaisons sur les cicatrices», déplore l'auteur de l'étude.

«Ces restes à charge sont difficiles à financer pour une patiente sur deux, ce qui montre que le cancer est un marqueur social important et que les femmes ne sont pas égales devant la reconstruction d'elles-mêmes après la maladie. Celles qui ont les moyens sont mieux informées, choisissent des techniques de reconstruction plus onéreuses et peuvent bénéficier d'un suivi psychologique adapté», poursuit Emmanuel Jammes. Faute de moyens, 14% des patientes ayant subi une mastectomie ont renoncé à la reconstruction mammaire. 

Pas d'«effet Angelina Jolie»

Médiatisée par Angelina Jolie, la mastectomie prophylactique, ou préventive, gagne du terrain outre Atlantique. «Cette procédure s'adresse aux femmes porteuses de gènes de prédisposition au cancer du sein. En France, on estime que 0,2% des femmes ont ce risque génétique», précise l'auteur de l'étude.

Mais parmi elles, toutes n'ont pas connaissance de ce risque. «Toutes ne veulent pas nécessairement savoir et toutes ne développeront pas un cancer, complète-t-il. Une personne sans facteur de risque peut développer un cancer et inversement». Si l'information autour de la mastectomie préventive commence à se démocratiser, il n'y a pour l'instant pas d'«effet Angelina Jolie» en France.

* Enquête menée par BVA pour la Ligue Contre le cancer et réalisée sur 992 femmes ayant développé un cancer du sein et subi une mastectomie.