Antibiotiques: La résistance d'une tribu inquiète les chercheurs

ETUDE Les chercheurs n'ont pas non plus vu de cas d'obésité, de calculs rénaux ou de malnutrition chez les Yanomami....

20 Minutes avec agences

— 

Des membres de la tribu Yanomami, de la forêt amazonienne du Venezuela.
Des membres de la tribu Yanomami, de la forêt amazonienne du Venezuela. — afp.com

Une découverte qui inquiète. Des chercheurs ont rapporté qu'une tribu de la forêt amazonienne du Venezuela semble présenter une grande résistance aux antibiotiques, et cela même si ses membres n'ont quasiment jamais été en contact avec le monde extérieur (1).

Repérée pour la première fois par voie aérienne en 2008, cette tribu des Yanomami a reçu la visite d'une équipe médicale une année plus tard. Des échantillons sur 34 membres ont été prélevés, dans la bouche, la peau et les selles. Résultats: les scientifiques ont découvert que le «microbiome» (les bactéries, champignons et virus qui vivent dans le corps) des membres de cette tribu était beaucoup plus varié que celui des communautés rurales du Venezuela, ou du Malawi. Il est même deux fois plus diversifié que celui observé dans un groupe référent d'Américains.

Certains microbes semblent avoir un effet protecteur sur la santé

Ces villageois sont d'ailleurs généralement en bonne santé, sans doute grâce à ce microbiome qui «contient peut-être les plus hauts niveaux de diversité de bactéries jamais observés dans un groupe humain», notent les chercheurs dans leur étude parue, la semaine dernière, dans le journal Science Advances. Cela alors que les Yanomami, qui portent certes des tee-shirts, ont des machettes et des boîtes de conserve, n'ont pas été exposés à beaucoup d'éléments de la vie contemporaine, contacts susceptibles de réduire cette variété microbienne.

Sans compter que certains microbes semblent, en outre, avoir un effet protecteur sur leur santé, empêchant par exemple la formation des calculs rénaux. Les chercheurs n'ont pas non plus observé de cas d'obésité ou de malnutrition parmi les membres de cette tribu, qui se nourrissent de poissons, de grenouilles, d'insectes, de bananes plantains et d'une boisson au melon fermenté.

Des gènes 30 fois plus résistants aux antibiotiques

Et si les chercheurs s'attendaient à trouver une certaine résistance aux antibiotiques, ce qui les a beaucoup surpris c'est que les Yanomami ont des gènes 30 fois plus résistants aux antibiotiques, notamment aux antibiotiques synthétiques les plus récents. «Ce qui nous a inquiétés, c'est que ces gènes pouvaient inactiver des médicaments synthétiques modernes», a expliqué un autre auteur de l'étude, Guatam Dantas, de l'école de médecine de l'université de Washington. «C'est une preuve de plus que la résistance aux antibiotiques est une caractéristique naturelle du microbiome humain, mais qu'il est prêt à être activé et amplifié pour une plus grande résistance après avoir utilisé des antibiotiques.»

Un nouvel antibiotique contre les bactéries multirésistantes

Pour les auteurs de l'étude, ces résultats «soulignent le besoin de développer la recherche activement vers de nouveaux antibiotiques alors que nous risquons de perdre cette bataille contre les maladies infectieuses», a expliqué Guatam Dantas.

(1). Les antibiotiques modernes ont commencé à être développés dans les années 1940, notamment la pénicilline, jusque dans les années 1970. Pour la plupart, ils sont extraits du sol.