Contraception d’urgence: «Beaucoup d’idées reçues demeurent»

SANTÉ La coprésidente du Planning familial commente un sondage révélant que les Françaises manquent d’information sur la contraception d’urgence…

Laure Cometti
— 
Comment expliquer le manque d'information des Françaises sur la contraception d'urgence?
Comment expliquer le manque d'information des Françaises sur la contraception d'urgence? — DURAND FLORENCE/SIPA

Pour de nombreuses Françaises, de sérieuses zones d’ombre persistent sur la contraception d’urgence. C’est ce que révèle un sondage Harris Interactive publié vendredi, selon lequel 8 femmes sur 10 ignorent le mode d’action de la pilule du lendemain. Comment expliquer ce manque d’information alors que les comprimés de contraception d’urgence existent depuis plusieurs années?

Lire aussi: La pilule d'urgence reste méconnue par les Françaises

Lutter contre la désinformation

«Il y a un déficit d’information sur la contraception en général», déplore la coprésidente du Planning familial, Véronique Séhier, ajoutant que les campagnes de désinformation menées par certaines associations anti-avortement n'arrangent rien.

Près de la moitié des femmes interrogées dans le sondage pensent d'ailleurs que les moyens de contraception d’urgence entraînent une interruption de grossesse, alors qu’ils bloquent ou retardent l’ovulation. 

Une question de vocabulaire?

Véronique Séhier insiste sur l'importance des mots: «au Planning on ne parle pas de "pilule du lendemain", mais de contraception d’urgence, car l’expression est source de confusion.»

En effet, le sondage révèle que 2 femmes sur 10 pensent, à tort, que le comprimé contraceptif doit être pris le lendemain du rapport non ou mal protégé, alors qu’il convient de l’ingérer le plus vite possible après le rapport à risque, et de préférence dans les 24 heures. 7 femmes sur 10 reconnaissent être mal informées quant aux délais de prise du médicament.

Des lacunes dans l’éducation sexuelle

Pour déconstruire ces «idées reçues», l'association préconise d'allouer davantage de temps et de moyens à l'éducation sexuelle. «La loi prévoit trois séances par année, de l’école élémentaire à la Terminale, mais dans les faits, on se retrouve souvent avec un service minimum de deux cours, un en classe de 4ème puis un autre en 3ème.» L’éducation sexuelle se retrouve donc réduite à parler des risques de grossesse et d’infections sexuellement transmissibles, deux sujets cruciaux mais qui gagneraient selon l’association à être intégrés dans une «approche globale de la sexualité, plus favorable à l’épanouissement de chacun».

Véronique Séhier estime par ailleurs qu'il faut multiplier les campagnes d’information destinées au grand public, hommes et femmes, et la création de lieux pouvant accueillir les personnes souhaitant se renseigner auprès de professionnels.

Intégrer la contraception à la formation de tous les professionnels de la santé

Autre point d'amélioration selon le Planning familial: la question de la contraception pourrait être mieux intégrée à la formation de tous les professionnels de santé, en particulier ceux «de proximité», comme les pharmaciens.

Ces derniers ont un rôle pédagogique à jouer, en expliquant le fonctionnement et la voie d’administration aux femmes qui demandent un contraceptif d’urgence, «sans juger, ni culpabiliser, car beaucoup de femmes ont peur d’être jugées. Il leur est difficile de franchir la porte de la pharmacie pour se procurer un contraceptif», souligne Véronique Séhier.