Maladies cardiovasculaires: «Les femmes ont autant d’infarctus qu’il y a dix ans mais plus jeunes»

INTERVIEW Ce mardi, c'est la journée Go red for women, une mobilisation qui vise à sensibiliser les femmes aux risques cardiovasculaires...  

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Jean-Jacques Monsuez, cardiologue et membre du conseil scientifique d'Ajila qui pilote la mobilisation Go red for women.
Jean-Jacques Monsuez, cardiologue et membre du conseil scientifique d'Ajila qui pilote la mobilisation Go red for women. — JJ Monsuez

Une mobilisation à prendre à cœur. Si vous croisez beaucoup de femmes en robe rouge ce mardi 7 avril, ce n’est pas pour fêter le printemps mais pour une campagne baptisée Go red for women, une première en France, qui vise à sensibiliser sur les maladies cardiovasculaires. Car contrairement aux clichés, elles ne font pas de discrimination genrée. Une femme sur trois meurt d’une maladie cardio-vasculaire dans le monde. Si pendant des années, les hommes ont eu la priorité de la prévention pour ces maladies, cette campagne vise à rétablir la parité. Jean-Jacques Monsuez, cardiologue, universitaire et membre de l’association Ajila, qui pilote la mobilisation, explique pourquoi il y a urgence.

Pourquoi cette campagne?

Elle a débuté aux Etats-Unis il y a dix ans et elle est relayée pour la première fois en France à partir de ce mardi. Ce relais en France doit permettre une prise de conscience: les femmes aussi sont touchées par ces maladies. Une étude récente a de plus dévoilé que les femmes ont autant d’infarctus qu’il y a dix ans mais plus jeunes. Plus ça commence tôt, plus c’est grave. Autre enseignement: 70% de ces femmes jeunes malades sont des fumeuses. Pendant des décennies on estimait que l’infarctus était la prérogative de l’homme. Mais la parité existe à 100%!

Pourquoi ce silence?

Parce qu’on pensait que les œstrogènes protégeaient les femmes de ces risques. Mais on a assisté à un changement de mode de vie: les femmes fument plus qu’avant, sont davantage stressées, s’occupent beaucoup des autres et moins d’elles… On peut donc craindre une épidémie.

Mais pourquoi ne pas faire une campagne?

Les femmes partent toujours avec un handicap. Par exemple, les femmes qui ont du cholestérol sont moins bien soignées que les hommes. Si on avait fait une campagne pour tous les patients, les mêmes préjugés se seraient reproduits. Or rappelons qu’une femme de 35 ans qui prend une pilule oestroprogestative et qui fume, c’est une grenade dans la poche. Les risques d’infarctus, faibles au demeurant, sont alors multipliés par 20 ou 30. Et nous espérons alerter particulièrement les populations défavorisées, qui sont souvent plus touchées par la malnutrition, le diabète, le surpoids…

Qu’est ce que vous espérez avec Go red for women?

D’abord, agir à toutes les étapes: prévention, dépistage, traitement. Qu’elles sachent que des douleurs dans la poitrine, ce n’est pas normal. Qu’elles prennent le réflexe de faire un électrocardiogramme. Deuxième objectif: nous lançons dès maintenant une grande étude uniquement sur les femmes. Toutes les Françaises peuvent participer sur le site goredforwomen. En répondant à un questionnaire, vous faites avancer la recherche. On saura ainsi où axer la prévention.

Quelle est la difficulté pour sensibiliser?

L’infarctus, c’est la partie la plus visible des maladies cardiovasculaires. Le plus difficile, c’est les vingt années qui précèdent pendant lesquelles elles ne consultent pas. Sur les 2 millions de diabétiques français, 500.000 ne savent pas qu’ils ont cette maladie. Notre message se veut éducatif, pas répressif. Et on espère avec cette campagne destinée aux femmes va déborder pour toucher aussi les adolescents et les enfants.

Les conseils pour se prémunir contre ces maladies cardiovasculaires?

Eviter le tabac, faire de l’exercice régulièrement, manger sainement, doser son cholestérol. On a la meilleure médecine généraliste du monde alors autant demander conseil auprès de son médecin traitant.  

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