VIDEO. Santé: «Si on arrête la vaccination, c'est criminel»

INTERVIEW Jean-François Bergmann, coauteur de «La vérité sur vos médicaments», analyse pour «20 Minutes» les dessous des médicaments que nous consommons...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Des médicaments (illustration).
Des médicaments (illustration). — MIGUEL MEDINA / AFP

Pilule contraceptive, Mediator ou encore vaccin: 32 spécialistes du monde médical ont passé au crible les produits de l'industrie pharmaceutique dans La vérité sur vos médicaments (Odile Jacob). Le Pr Jean-François Bergmann, coauteur du livre, chef de service à l'hôpital Lariboisière et ancien responsable de la Commission d'autorisation de mise sur le marché de l'Agence du médicament, livre une explication de texte à 20 Minutes.

 

Les Français sont-ils méfiants à l’égard des médicaments et des vaccins?

Ils sont méfiants pour certains médicaments très utiles et ne le sont pas du tout à l’égard de médicaments inutiles qu’ils consomment à l’excès. Les vaccins sont de très bons médicaments, qui ont un intérêt individuel et collectif évident. Les preuves sont légion et pourtant il y a cette réticence. Et à l’inverse, lorsque des médicaments peu ou pas utiles sont déremboursés, c'est la panique!

Le décès de deux nourrissons après avoir été vacciné contre la gastro relance le débat: Vaccine-t-on trop en France?

Sûrement pas! J’ai vraiment peur, en voyant toutes ces ligues et cette communication antivaccins, que cela entraîne une réticence vis-à-vis de la vaccination en général. La gastro n’est pas une maladie grave, mais si on arrête de vacciner contre la polio, le tétanos ou l’hépatite B, là c'est criminel.

151 médicaments suffiraient à traiter 95% des maladies des Français…

Cette liste se veut être un dépoussiérage. Initialement, l’OMS avait listé 200 médicaments essentiels, une liste très bien faite, avec une vision mondiale, adaptée notamment aux pays en voie de développement. Mais la France est un pays riche, avec 5.000 médicaments à disposition. Vouloir réduire notre pharmacopée à 150 médicaments est abusif.

Toutefois, c’est vrai que dans mon exercice d’un service de médecine interne aux urgences, lorsqu’on regarde l’armoire à pharmacie dont on se sert pour traiter l’immense majorité des malades, quelques centaines de médicaments suffisent. Pour autant, on a besoin d’une certaine diversité pour bien traiter les malades. Avoir un choix dans chaque classe de médicament est le gage de pouvoir leur offrir un choix thérapeutique optimum.

Un volet du livre est consacré aux scandales de l’industrie pharmaceutiques, n’en a-t-on toujours pas tiré les leçons?

Pas vraiment, d’abord parce qu’on se traîne des vieux médicaments qui n’ont pas encore disparu qui posent ou pourraient poser des problèmes de pharmacovigilance. D'autant qu'on est dans un système libéral de compétition entre les industriels, et cette compétition très âpre pousse parfois à des comportements économiques «limites».

Par ailleurs, il y a un risque inhérent: le médicament, c’est risqué et potentiellement dangereux. Il faut bien admettre que lorsqu'un nouveau médicament arrive sur le marché, on le connaît assez peu. Il y aura toujours des médicaments qui semblaient intéressants lors de leur mise sur le marché avant que l'on s'aperçoive, six mois, deux ans ou dix ans plus tard, qu’ils n’étaient pas si bons que ça ou exposaient à des risques que l’on n’avait pas perçus au début. Dans ce cas, il est normal qu’on les retire du marché des médicaments. En revanche, la question de la qualité des processus d’évaluation des risques potentiels d'un médicament se pose.