Gastro-entérite: Faut-il faire vacciner les nourrissons?

SANTE Deux bébés sont décédés en 2012 et 2014 après avoir été vaccinés contre la gastro-entérite...

Anissa Boumediene

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Un bébé se fait vacciner
Un bébé se fait vacciner — Damian Dovarganes/AP/SIPA

Le climat ambiant de défiance à l’égard de la vaccination ne semble pas près de se dissiper. Deux bébés sont décédés en 2012 et 2014 après avoir été vaccinés contre la gastro-entérite, révèle Le Canard Enchaîné dans son édition du 1er avril. Une information confirmée auprès du Parisien par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). 20 Minutes fait le point sur cette affaire.

Ce vaccin est-il dangereux?

Autorisés en Europe depuis 2006, et commercialisés en France depuis 2006 et 2007, le Rotarix et le RotaTeq sont des vaccins oraux administrés aux nourrissons dès l’âge de six semaines pour prévenir les gastro-entérites causées par des infections à rotavirus.

Entre le début de leur commercialisation en France et le 31 octobre 2014, plus d'un million de doses ont été distribuées. Entre-temps, 508 notifications d’effets indésirables médicalement confirmées ont été recensées: douleurs abdominales, pleurs répétés et inhabituels de l’enfant, vomissement, présence de sang dans les selles, ballonnements abdominaux ou encore fièvre élevée. Parmi eux, on compte 201 cas graves dont deux à l'issue fatale. «Il faut être vigilant, extrêmement vigilant, (mais) ne pas inquiéter outre mesure les parents aujourd'hui», a confié ce mercredi la ministre de la Santé Marisol Touraine. «Je continue de recommander ce vaccin, explique le Dr Françoise Cravenne, pédiatre à Paris. En termes de bénéfices - risques, j'estime qu'il faut conseiller aux parents de le faire: une gastro peut être extrêmement dangereuse pour un nourrisson.»

Les autorités recommandent-elles le vaccin?

En février 2014, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) et son Comité technique des vaccinations ont recommandé le vaccin contre la gastro-entérite pour tous les nourrissons. Problème : le 10 février dernier, le Comité technique de pharmacovigilance, chargé d’évaluer les effets du vaccin, a rendu un rapport pointant un nombre «préoccupant» d'effets indésirables graves. «Il faut bien informer les parents et surveiller le bébé pendant quinze jours, les risques d'invagination sont à craindre après la première injection», indique la pédiatre.

«La gastro-entérite à rotavirus a une faible morbidité et sa mortalité est quasi-nulle en France», indique le Comité de pharmacovigilance, qui invite à «revoir rapidement la recommandation du HCSP préconisant la vaccination de tous les nourrissons de moins de six mois». Du coup, aujourd'hui, c'est volte-face. «Ce vaccin n'est pas considéré comme un vaccin inscrit au calendrier obligatoire ou même recommandé, et donc c'est aux médecins, à qui l'Agence du médicament a envoyé de nouvelles recommandations, de voir au cas par cas si le vaccin est utile», a expliqué la ministre.

Pourquoi a-t-il été autant administré malgré ses effets indésirables «préoccupants»?

L'ANSM n'a eu connaissance que fin 2014 du décès survenu en 2012. Idem pour la liste des effets indésirables du vaccin, communiqués au compte-gouttes. Aujourd'hui, le HCSP planche sur la question et doit réexaminer dans les prochains jours ses recommandations relatives à la vaccination des nourrissons contre les infections à rotavirus. «Si les autorités décident que le vaccin contre la gastro ne doit plus être recommandé, je m'y conformerai», annonce le Dr Cravenne.