Le CCNE se prononce contre la levée de l'interdiction du don du sang pour les homosexuels

DON DU SANG Le Comité consultatif national d'éthique a publié ce mardi son avis (consultatif) concernant la contre-indication permanente du don du sang pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes...

Anissa Boumediene

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Le Comité Consultatif National d'Ethique préconise le maintien de la contre-indication permanente du don du sang pour les homosexuels.
Le Comité Consultatif National d'Ethique préconise le maintien de la contre-indication permanente du don du sang pour les homosexuels. — A. GELEBART / 20 MINUTES

La levée de l'interdiction du don du sang pour les homosexuels, bisexuels et, plus largement, pour tout homme ayant déjà eu un rapport sexuel avec un autre homme, n'est pas pour demain. Ce mardi, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a publié ce mardi son avis concernant cette contre-indication permanente du don du sang, qu'il recommande pour l'instant de maintenir.

Assurer la sécurité des receveurs

Saisi sur la question par la ministre de la Santé Marisol Touraine, le CCNE estime dans son avis qu'«au stade actuel des connaissances, et tant que les réflexions, évolutions et recherches demandées n'auront pas abouti, toute modification des contre-indications exposerait à des risques médicaux qui doivent être pris en considération d'un point de vue éthique». Hier, comme aujourd'hui, «la priorité reste la protection des receveurs, dont il faut assurer la sécurité», explique Jean-Claude Ameisen, président du CCNE, médecin et immunologiste.

Depuis 1983, les personnes homosexuelles de sexe masculin sont exclues du don du sang en raison de la forte prévalence du VIH au sein de cette population, où «le nombre de nouvelles contaminations est 200 fois plus élevé», rappelle Jean-Claude Ameisen. «La loi précise que nul ne peut être exclu du don du sang, excepté pour raisons médicales. Le don du sang n'est pas un droit», poursuit-il.

Responsabiliser les donneurs

Du côté des associations de défense des droits des homosexuels, qui réclament la levée de la contre-indication liée à l'orientation sexuelle, cette exclusion du don du sang est une discrimination. La réglementation en la matière a d'ailleurs évolué dans plusieurs pays occidentaux, comme en Australie, au Canada ou en Angleterre, qui ont opté pour des contre-indications temporaires pour les populations ayant des pratiques à risques.

«L'ensemble des contre-indications mérite d'être repensé», concède Jean-Claude Ameisen, «mais ce qui est crucial aujourd'hui, c'est de mettre en place des campagnes d'information auprès des donneurs, afin qu'ils se responsabilisent et s'abstiennent d'eux-mêmes de se présenter dans des centres de don du sang s'ils ont eu des comportements à risques récemment.» Car, si le sang donné est systématiquement testé, il existe une fenêtre silencieuse de 12 jours durant laquelle le virus reste indétectable dans le sang de la personne qui vient d'être contaminée après une relation sexuelle à risques.

«Il faut rapprocher l'exigence éthique de la sécurité des receveurs de celle de la non-discrimination des donneurs», déclare Alain Cordier, membre du CCNE. «Mais il faut instaurer davantage de dialogue entre le médecin et le donneur, indique Jean-Claude Ameisen. L'état actuel des connaissances scientifiques et de l'information des donneurs n'est pas suffisant aujourd'hui pour lever la contre-indication permanente».