Troubles bipolaires: Le nouveau mal du siècle?

MALADIE L'appellation de troubles bipolaires a remplacé celle de psychoses maniaco-dépressives...

Anissa Boumediene

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Une personne sur vingt serait atteinte de troubles bipolaires.
Une personne sur vingt serait atteinte de troubles bipolaires. — JACQUEMART/ISOPIX/SIPA

Qu'ont en commun Jim Carrey, Benoît Poelvoorde, Catherine Zeta-Jones, Napoléon Bonaparte et, qui sait, peut-être quelqu'un de votre entourage? Tous souffrent de troubles bipolaires, cette maladie psychiatrique surmédiatisée, mais encore taboue et obscure. Selon les chercheurs, une personne sur vingt en serait atteinte, soit 3 millions de personnes rien qu'en France. Alors que ce lundi 30 mars est célébrée la Journée mondiale des troubles bipolaires, 20 Minutes fait le point sur cette maladie, qui après le stress et le mal de dos, pourrait devenir le nouveau mal du siècle.

C'est quoi, être bipolaire?

Une notion fourre-tout

Avant, on parlait de psychoses maniaco-dépressives, une appellation plutôt péjorative qui évoquait la folie. Mais ça, c'était avant. «En termes de communication, l'appellation de troubles bipolaires, qui n'existait pas il y a trente ans, a une meilleure image, mais c'est une notion un peu fourre-tout», décrypte le Dr Samuel Lepastier, psychiatre et directeur de recherche à l'université Paris-Diderot. A l'époque, une personne était diagnostiquée maniaco-dépressive «lorsque ses accès d'euphorie ou de dépression étaient extrêmement affirmés. Désormais, la notion de troubles bipolaires est plus large», explique-t-il.

Plus large, et plus complexe, au point que les symptômes peuvent parfois ressembler à ceux de la seule dépression, ou encore de la schizophrénie. Aujourd'hui, on estime à 40% le nombre de personnes diagnostiquées dépressives et qui sont en réalité des bipolaires qui s'ignorent.

Attention au surdiagnostic

L'autre risque, c'est de voir des bipolaires là où il n'y en a pas. Aux Etats-Unis, une vague de surdiagnostics déferle: on y recense cinquante fois plus de cas de troubles bipolaires qu'il y a seulement vingt ans. En France, si la maladie est sous-évaluée, avec un délai de diagnostic et de prise en charge qui peut atteindre dix ans, la carte de la bipolarité commence à être brandie de plus en plus. Parfois sous l'impulsion même des patients, qui s'auto-diagnostiquent bipolaires, à tort.

«Aujourd'hui, certains imaginent souffrir de bipolarité parce qu'ils lisent les symptômes de la maladie et s'y reconnaissent. Mais ce n'est pas parce qu'on est un peu plus sensible que la moyenne ou que l'on traverse une mauvaise passe qu'on est bipolaire», précise le Dr Lepastier. Un hyperactif, pas plus qu'un hypersensible ou un dépressif, n'est pas bipolaire pour autant. Le diagnostic, qui «s'appuie sur les déclarations et le ressenti du patient, laisse une grande part au subjectif. Il est difficile à poser», indique le psychiatre. «Le mot d'ordre, assure le médecin, est de ne pas précipiter le diagnostic».