Les thanatopracteurs s'inquiètent de la possible autorisation des soins funéraires pour les séropositifs

LOI SANTÉ Le projet de loi qui sera examiné par l'Assemblée nationale à partir de mardi prévoit de lever l'interdiction soins funéraires pour les personnes décédées séropositives ou atteintes d'hépatites virales B et C...

Delphine Bancaud
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illustration d'une morgue.
illustration d'une morgue. — superstock/sipa

Discriminés jusque dans la mort. Depuis 1998, les personnes décédées séropositives ou atteintes d'hépatites virales B et C n’ont pas le droit à des soins funéraires, qui visent à retarder le processus de décomposition. Mais cette injustice pourrait bientôt cesser. Car le projet de loi santé qui sera examiné par l'Assemblée nationale à partir de mardi prévoit de lever cette interdiction.

Une mesure maintes fois promise par différents gouvernements, mais jamais tenue, d’où l’ire des associations de lutte contre le sida sur ce dossier. En 2014, l'Inspection générale des affaires sociales et l'Inspection générale de l'administration avaient pourtant préconisé la levée de l'interdiction, sous conditions. Un an plus tôt, Jean-Luc Romero, président de l'association Elus locaux contre le sida avait aussi lancé une pétition pour réclamer l’autorisation des soins de conservation pour les personnes séropositives. «Elle a été signée par 127.000 personnes. Car il faut rappeler que cette interdiction empêche parfois des familles de rendre un dernier hommage à un proche décédé. Dans d’autres cas, elle a conduit à révéler la séropositivité de la personne décédée à ses proches alors que cette dernière avait tenu à garder le secret toute sa vie», explique Jean-Luc Romero à 20 Minutes.

La peur d'être contaminés

Reste que la levée de l’interdiction des soins funéraires pour ces défunts est fortement décriée par les thanatopracteurs. Ces soins consistent en particulier à injecter dans le système vasculaire un produit antiseptique et conservateur (formol) à la place du sang. Ce qui nécessite l’utilisation d’aiguilles et de bistouris: «Or, nous pouvons nous piquer ou nous couper et nous manipulons du sang. Intervenir sur des personnes atteintes d’hépatites B et C et séropositives représente une augmentation des risques de contamination pour nous», affirme Lilian Masson, secrétaire général du Syndicat professionnel des thanatopracteurs. Par ailleurs, selon lui, actuellement, les familles de ces défunts «peuvent généralement se recueillir devant la dépouille de leur proche, lorsque celui-ci est présenté sur une table réfrigérante».

Un avis partagé par son confrère Sébastien Boukhalo, qui a lancé une pétition en 2014 contre la levée de l’interdiction qui compte 297 signatures: «On ne veut pas être catalogué comme des homophobes, mais on considère que les risques pour notre santé sont bien réels, d’autant qu’on ne sait pas combien de temps les virus sont contagieux.» Un argument que conteste Jean-Luc Romero «en 30 ans d’épidémie de sida, aucun thanatopracteur n’est mort dans le monde après avoir été contaminé dans le cadre professionnel».

Vers un meilleur encadrement des pratiques

Si l’autorisation des soins funéraires pour ces défunts est finalement adoptée, les professionnels souhaitent être mis au courant de la pathologie de la personne décédée afin de pouvoir éventuellement exercer leur droit de retrait.

Pour prendre en compte leurs appréhensions, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a recommandé que les soins funéraires soient pratiqués dans les «seuls lieux dédiés que sont les chambres mortuaires et les chambres funéraires», alors que jusqu'à présent cette pratique est autorisée à domicile. Une manière de mieux encadrer les pratiques pour renforcer la sécurité.