Liberia: Après Ebola, la menace de la rougeole

SOCIETE La maladie «profite» d'un système de santé désorganisé et de rumeurs liées à la vaccination...

20 Minutes avec agences
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Des soignants dans un centre de traitement d'Ebola à Monrovia, au Liberia, le 30 janvier 2015.
Des soignants dans un centre de traitement d'Ebola à Monrovia, au Liberia, le 30 janvier 2015. — Abbas Dulleh/AP/SIPA

Rescapés de la guerre civile et d'Ebola au Liberia, les habitants du bidonville de Monrovia, Peace Island, (où quelque 30.000 personnes ont trouvé refuge à la suite des guerres civiles), doivent, à présent, affronter une plaie mieux connue, mais tout aussi redoutable: la rougeole (1), qui menace d'emporter des milliers d'enfants. 

En effet, l'épidémie d'Ebola, qui a fait plus de 4.000 morts au Liberia, a eu pour conséquence l'effondrement des vaccinations contre les maladies infantiles, en particulier la rougeole, en raison d'hôpitaux surchargés.

Plus de 200.000 enfants concernés

Ainsi, au Liberia, où les espoirs d'en finir avec le virus Ebola ont été douchés par la découverte la semaine dernière d'un nouveau cas (le premier en près d'un mois), mais aussi en Sierra Leone et en Guinée, les scientifiques estiment que le taux de vaccination (en moyenne de 60 à 80 % des enfants) s'est effondré à cause du virus. Au total, faute de vaccination, ce seraient donc 100.000 enfants supplémentaires qui pourraient attraper la rougeole, en plus des 127.000 escomptés auparavant. 

« La rougeole est devenue une grave menace pour la population de Peace Island», précise Denis Besdevant, «c'est pourquoi nous avons décidé de lancer cette campagne.» Et, le responsable de la vaccination à Médecins sans frontières (MSF) et ses collègues, assaillis par la chaleur, transpirent en demandant sans cesse, par haut-parleur, aux mères de famille de leur amener leurs enfants.

«Ici, les enfants meurent»

MSF vise actuellement un objectif de 700 enfants de neuf mois à cinq ans vaccinés contre la rougeole dans son centre de vaccination de fortune à Monrovia, où 250 enfants sont venus dès le premier jour. «Je suis contente d'avoir la possibilité de faire vacciner mon enfant contre la rougeole parce qu'ici, les enfants meurent», confie, ainsi, Marie Bassa, 32 ans, en descendant du camion de l'équipe de vaccination avec son bébé de neuf mois.

Mais convaincre les mères de famille, déjà naturellement soupçonneuses de la médecine occidentale, de vacciner leurs enfants représente, parfois, un grand défi, surtout après le passage d'Ebola et son cortège de rumeurs. «Ce n'est pas facile. Beaucoup de gens disent que le gouvernement essaie de ramener Ebola. Nous prenons le temps de leur expliquer que la maladie qui tue les enfants, après Ebola, est la rougeole», précise, en effet, Alfred Godfrey, de MSF, ajoutant que la récente hausse du nombre de morts de la rougeole a déjà vaincu les réticences de certains parents contre la vaccination.

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«Au début, j'avais peur», avoue Rita Kpepka, 46 ans, venue faire vacciner son enfant de trois ans, alors qu'une dizaine de ses petits voisins ont succombé à la maladie. «Mon amie m'a encouragée à venir. Elle m'a expliqué que c'était bien le vaccin contre la rougeole et non pas contre Ebola», en cours d'expérimentation, explique-t-elle, soulagée.

 

(1). Cette maladie qui cause de la fièvre et des éruptions cutanées peut déclencher des complications, comme la pneumonie, le gonflement du cerveau, la cécité et une perte de l'audition.