Perturbateurs endocriniens: «C'est difficile pour le consommateur de savoir s'il s'expose»

INTERVIEW Alors qu'une publication met en relief la présence de perturbateurs endocriniens dans nos cheveux, le directeur de recherches à l'Inserm Rémy Slama apporte son éclairage...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Illustration: des déchets en matière plastique.
Illustration: des déchets en matière plastique. — MARTIN BERNETTI / AFP

Des pesticides dans vos cheveux: une enquête rendue publique ce jeudi par l'association Générations Futures met en relief la présence de nombreux perturbateurs endocriniens dans les cheveux des Franciliens. Peut-on échapper à ces molécules nocives contenues dans certains pesticides et plastiques? Rémy Slama, épidémiologiste environnemental à l'Inserm, apporte son éclairage à 20 Minutes.

Pourquoi trouve-t-on dans nos cheveux des résidus de produits interdits parfois depuis 2007?

On peut même trouver des substances interdites depuis les années 1980 ou 1990, comme certains pesticides ou le PCB. On l'explique par leur «biopersistance»: ces molécules ont une très grande stabilité, nous n'avons pas de moyens naturels de les dégrader et elles persistent dans l'environnement. Elles se sont accumulées et aujourd'hui les espèces situées en haut de la chaîne alimentaire en ont les niveaux les plus élevés. L'Homme, qui consomme ces espèces comme le thon ou le saumon, est à son tour exposé, même si ces composés sont interdits depuis vingt ou trente ans.

Peut-on totalement y échapper?

Il y a des centaines de substances qui sont des perturbateurs endocriniens potentiels. Pour y échapper, il faudrait déjà identifier les sources d'exposition. Pour les molécules de type PCB par exemple, la source c'est l'alimentation, notamment les poissons à vie longue. En limitant cette consommation, on peut limiter son exposition à ces perturbateurs endocriniens, pour peu évidemment que la maman ne les ait pas transmis au moment de l'allaitement. On peut aussi éviter le contact avec les cosmétiques, notamment pendant la grossesse, ou avec les produits d'ameublement intérieur. Mais les sources d'autres perturbateurs sont plus compliquées à identifier, d'autant qu'il n'y a pas d'obligation d'information du public: pour le consommateur, c'est difficile de savoir s'il s'expose aux perturbateurs endocriniens.

Que font, et que devraient faire, les pouvoirs publics?

Les pouvoirs publics, et notamment l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), passent beaucoup de temps à réfléchir à la régulation de ces substances. Il y a l'exemple récent de l'interdiction du bisphénol A, qui a permis de limiter l'exposition du public à ce perturbateur endocrinien. Mais il faut admettre que les moyens de la recherche pour identifier la présence de ces substances dans l'organisme des populations, et pour définir des modalités de contrôle, sont limités devant le nombre colossal de substances mises sur le marché. C'est une course dans laquelle les pouvoirs publics ont du retard.