Son traitement contre le syndrome des jambes sans repos l'aurait poussée au casino

JUSTICE Une patiente accuse son neurologue de lui avoir provoqué une addiction aux jeux en surdosant son traitement médical...

Anissa Boumediene

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Une patiente atteinte du syndrome des jambes sans repos serait devenue accro aux jeux à cause de son traitement médicamenteux.
Une patiente atteinte du syndrome des jambes sans repos serait devenue accro aux jeux à cause de son traitement médicamenteux. — Pascal Pavani afp.com

Etre accro aux jeux d'argent à cause d'un médicament, est-ce possible? C'est la question sur laquelle va plancher la justice. Ce lundi à Rouen s'est ouvert le procès d'une patiente qui accuse à son médecin de lui avoir déclenché son addiction en lui prescrivant une surdose de Sifrol, le médicament qui devait traiter le syndrome des jambes sans repos dont elle est atteinte.

Une irrépressible envie de jouer

Pendant un peu plus d'un an, Brigitte Morue a souffert de ludopathie, une addiction aux jeux d'argent qui l'a poussée à voler son employeur et dépenser l'argent de la famille. Et selon elle, le responsable de son trouble n'est autre que son neurologue, qui lui aurait prescrit un médicament aux effets secondaires ravageurs. Ce médicament, c'est le Sifrol, prescrit à Brigitte pour soigner son syndrome des jambes sans repos, une maladie neurologique qui pousse à bouger constamment ses membres inférieurs.

En 2008, Brigitte commence son traitement au Sifrol. Mais comme les symptômes de sa maladie sont toujours présents, son médecin décide un an plus tard d'augmenter la dose prescrite. Dès lors, Brigitte éprouve une irrépressible envie de jouer, et sa dépendance pathologique lui coûte rapidement cher, puisqu'elle a accumulé pas moins de 184.000 euros de dettes. Mais le problème, c'est qu'en 2009, les effets indésirables de ce médicament sont encore relativement méconnus.

Un manque d'information

Comme tout médicament, le Sifrol a des effets secondaires indésirables, parmi lesquels des «symptômes comportementaux des troubles du contrôle des impulsions et des actes impulsifs comme la consommation excessive de nourriture, les achats compulsifs, l'hypersexualité et le jeu pathologique». Un risque dont Brigitte Morue n'aurait pas été avertie par son neurologue, auquel elle reproche son manque d'information. «Un patient qui est correctement informé est bien soigné. Il est aidé par son praticien et par sa famille et lorsqu'un effet indésirable survient, il peut mieux l'affronter. Mme Morue, elle, s'est retrouvée seule face à cette addiction», déplore François Jégu, son avocat.

Après une première tentative de suicide en 2011, c'est finalement le médecin traitant de Brigitte qui fait le lien entre l'addiction et le Sifrol. Quelques mois plus tard, la patiente récidive et son neurologue décide finalement d'interrompre son traitement. Au bout de deux semaines, les symptômes de la ludopathie disparaissent.

Brigitte Morue demande aujourd'hui 250.000 euros de dommages et intérêts pour préjudice financier et moral. Une autre patiente poursuit également le même médecin pour lui avoir prescrit le même médicament.