Pédiatrie: «Il faut réconcilier les Français avec la vaccination»

INTERVIEW Le Pr Daniel Floret réagit à la question de l'obligation vaccinale pour les enfants examinée par la justice ce mardi...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Illustration d'un bébé en train de se faire vacciner.
Illustration d'un bébé en train de se faire vacciner. — P.VERDY / AFP

Faut-il accorder aux parents la liberté de ne pas faire vacciner leur progéniture? Ce mardi, le Conseil constitutionnel planche sur le sujet en examinant une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) sur ce point. Cette QPC a été soumise par l'avocat d'un couple de l'Yonne, jugé pour avoir refusé de faire immuniser ses enfants contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP), alors que cet acte est obligatoire. Le Pr Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations (CTV), décrypte les enjeux en balance.

La vaccination des enfants doit-elle rester obligatoire?

Le Haut conseil de la santé publique [auquel est rattaché le CTV] a émis un avis sur cette problématique, dans lequel il remet en cause l'obligation vaccinale. Le problème, c'est que le DTP, seul vaccin obligatoire en France métropolitaine, dévalorise ceux sur lesquels ne pèse aucune obligation, à l'instar de la rougeole ou de la coqueluche. Il faudrait que ce principe d'obligation soit reconsidéré. Je ne suis pas persuadé qu'il faille deux niveaux différents d'immunisation. Toutes les protections inscrites dans le calendrier vaccinal sont nécessaires.

Si des parents décident de ne pas faire vacciner leur enfant, quels risques y a-t-il?

A titre individuel, un enfant a aujourd'hui peu de risques d'attraper la diphtérie ou la poliomyélite. En revanche, s'il n'est pas protégé par le vaccin, il peut contracter le tétanos seulement en jouant dans la terre, qui pourrait être souillée. Il y a aussi toutes les autres maladies pour lesquelles le vaccin n'est pas obligatoire, comme la méningite à haemophilus et l'hépatite B, mais aussi la coqueluche ou la rougeole, qui pourtant tuent encore aujourd'hui. Individuellement, l'enfant non protégé s'expose à des maladies pourtant prévenues par vaccination. De plus, certains enfants ne peuvent pas être vaccinés, notamment ceux qui sont immunodéprimés en raison d'une leucémie. Ces enfants sont protégés de ces maladies parce que leur entourage est immunisé. 

A titre collectif, le rempart contre ces maladies s'affaiblit si la couverture vaccinale diminue, avec des risques d'épidémies et de réapparitions de maladies aujourd'hui disparues.

Peut-on parler de climat de défiance à l'égard de la vaccination?

Absolument, mais ce n'est pas récent. La défiance est née avec la vaccination. Ce n'est pas normal qu'aujourd'hui, des gens pensent que cette dernière est facultative, notamment contre la coqueluche ou la rougeole. Il faut rétablir la communication autour de la vaccination et faire en sorte que le grand public la voit comme elle est: indispensable. Il faut réconcilier les Français avec la vaccination.