Du venin d'araignée pour soulager les douleurs chroniques?

MEDICAMENT Il permettrait de bloquer les canaux qui transmettent la douleur au cerveau...

Anissa Boumediene

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Illustration d'une mygale Européenne.
 
Illustration d'une mygale Européenne.   — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Elles sont à l'origine de l'une des peurs les plus répandues au monde: l'arachnophobie, dont souffriraient la moitié des femmes et 10% des hommes de la planète. Une vieille résurgence de notre instinct de survie primitif, qui nous pousse à fuir devant ses petits crocs au venin parfois mortel. Pourtant, l'araignée pourrait être la clé du salut de millions de personnes souffrant de douleurs chroniques, comme le révèle une étude parue ce mercredi dans le British Journal of Pharmacology.

Bloquer la douleur

Les douleurs chroniques, c'est lorsque les nerfs d'une partie du corps envoient des signaux continus au cerveau par les canaux de la douleur. Une personne sur cinq dans le monde en souffrirait. C'est pourtant un mal que les médicaments actuellement disponibles sur le marché ne parviennent pas à soulager efficacement.

Dans ce circuit de la douleur, les canaux Nav1.7 ont un rôle majeur. «Des recherches antérieures ont démontré qu'une mutation génétique touchant les canaux Nav1.7 rend insensible à la douleur», explique le Pr Glenn King, auteur de l’étude. «Bloquer ces canaux pourrait potentiellement éteindre la douleur chez les personnes dont les circuits de la douleur sont normaux». Et permettre ainsi de traiter un large éventail de douleurs.

Avec du venin de tarentule

Pour y parvenir, des chercheurs de l’université du Queensland (Australie) se sont penchés sur le venin de 205 espèces d'arachnides. Parmi les échantillons analysés, 82 d'entre eux contiennent des molécules capables d'agir sur ces fameux canaux Nav1.7.

Au cours de son étude, l'équipe a isolé sept composés dont un très prometteur, décelé dans le venin d'une espèce d'araignées membre de la famille des tarentules. Plus puissant que les autres, il a aussi l'atout d'être très stable sur les plans thermique, biologique et chimique. Parfait pour s'imposer comme le médicament antidouleur de demain.

«Explorer cette source naturelle de nouveaux traitements apporte un grand espoir d'accélérer le développement d'une nouvelle classe d'antalgiques qui peuvent aider les gens qui souffrent de douleur chronique qui ne peut être traitée avec des options de traitement actuelles», se réjouit le Dr Julie Klaae Klint, membre de l'équipe de recherches. A ce jour, seul 0,01% de ce nouveau paysage pharmacologique a été exploré, alors que le venin d'animaux pourrait traiter de nombreuses pathologies.