Grippe: Pourquoi le vaccin a-t-il été si peu efficace?

SANTE 8.500 décès supplémentaires ont été enregistrés depuis le début de l'épidémie de grippe...

Agnès Chareton

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Illustration: le vaccin contre la grippe.
Illustration: le vaccin contre la grippe. — SAURA PASCAL/SIPA

Une véritable hécatombe. 8500 décès supplémentaires ont été enregistrés depuis la mi-janvier, notamment à cause de l'épidémie de grippe très virulente qui a déjà contaminé 2,7 millions de personnes cet hiver. «La mortalité hivernale est supérieure de 19% à la mortalité attendue calculée à partir des 8 années précédentes», alerte l'Institut de veille sanitaire, dans son bulletin publié mercredi. Une surmortalité qui touche d'abord les personnes de plus de 65 ans, dans toutes les régions. Cette année, le vaccin contre la grippe a été moins efficace, même si d'autres facteurs se conjuguent.

Un virus mutant particulièrement agressif

Si le pic de l'épidémie a été atteint mi-février (en semaine 6), et que l'on assiste maintenant à la décrue, l'épisode de grippe qui s'est abattu sur la France a été particulièrement violent. Sur les 2, 7 millions de personnes touchées, des milliers se sont rendues aux urgences, et plusieurs centaines ont été hospitalisées. Selon Bruno Lina, directeur du Centre national de référence de la grippe, de tels épisodes arrivent «tous les 20 ans», le dernier remontant à l'hiver 1995-1996. A l'origine de cette grippe agressive se trouve un virus mutant, le virus A (H3N2). «Chaque fois que l'on a une grosse épidémie, c’est lié à ce virus», assure Bruno Lina. «Cette souche est connue pour provoquer des complications chez les personnes à risque», pointe l'InVS. Problème, cette année, «le virus a évolué entre le moment où on a fait le choix de la composition vaccinale et l’épidémie de grippe». Résultat : le vaccin n'est efficace que dans 30% des cas.

Les personnes vulnérables pas assez vaccinées

«Même si le vaccin est moins efficace, il conserve une efficacité pour ceux qui l’ont reçu», tempère le virologue. Il pointe surtout le faible taux de vaccination des personnes vulnérables : «Les groupes à risques sont insuffisamment vaccinés, donc il y a plus de gens contaminés et plus de morts», regrette-il. En effet, seules 50% des 10 millions de personnes à risque (âgées de plus de 65 ans, femmes enceintes, personnes atteintes de maladies cardio-vasculaires, professionnels de santé...) se sont faites vacciner, alors que pour ces personnes, le vaccin est pris en charge à 100% par l'assurance maladie. 

La grippe ne fait plus peur

Beaucoup de personnes estiment qu'elles peuvent se passer de vaccin, car aujourd'hui, la grippe est banalisée. «Certaines personnes considèrent que la grippe n’est pas une maladie grave, alors que c'est une maladie qui tue» met en garde Bruno Lina. Un certain nombre de personnes se disent réfractaires au vaccin, observe-t-il. Mais en ce qui concerne celui de la grippe, «il n'y a aucune défiance à avoir», insiste le virologue. «Ce vaccin est très bien toléré, et il n'a pas d’effets secondaires graves.»

Des gestes d'hygiène simples réduisent la transmission

Si la vaccination reste «la meilleure protection contre la grippe», comme l'a rappelé la Direction générale de la santé (DGS) dans un communiqué, les gestes d'hygiène sont efficaces pour limiter la propagation du virus : se laver les mains, utiliser des mouchoirs en papier à usage unique, se couvrir la bouche et le nez quand on éternue...«Le virus se transmet beaucoup en se serrant les mains, et aussi dans l'air : à chaque expiration, les personnes malades expulsent le virus», décrit Bruno Lina. Contre le risque de transmission, deux gestes simples : se laver les mains avec une solution hydro-alcoolique, que l'on soit malade ou non, et porter un masque, pour les personnes atteintes de la grippe.

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