Le Truvada, premier traitement préventif contre le sida.
Le Truvada, premier traitement préventif contre le sida. — Justin Sullivan afp.com

SANTE

Truvada: Le traitement préventif contre le sida bientôt disponible en France?

Anissa Boumediene

Une demande a été déposée pour que le Truvada, traitement préventif contre le VIH, soit disponible au plus vite pour les populations à risques...

Et si un médicament permettait de prévenir les risques de contamination par le VIH? C'est le vent d'espoir que fait souffler l’essai clinique Ipergay: les résultats définitifs, présentés ce mardi à la Conférence annuelle sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) à Seattle sont en effet très prometteurs. Avec une diminution de 86% du risque d'infection, le traitement préventif au Truvada pourrait devenir un outil de poids dans l'arsenal de prévention du sida. Déjà prescrit aux séropositifs, cet antirétroviral n'est pas autorisé dans l'Hexagone à des fins préventives.

Une étude au long cours

​Lancée en février 2012 en France et au Canada, l'étude Ipergay est menée au long cours sur 414 hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), très exposés au risque d'infection par le VIH par leurs pratiques sexuelles, et séronégatifs. Si au départ une moitié était traitée au Truvada et l'autre recevait un placebo, face aux résultats obtenus, tous les participants de l'étude ont été mis sous Truvada depuis octobre 2014et leur suivi est prévu jusqu'en mars 2016.

Cette étude, qui démontre que la prise de cet antirétroviral diminue de 86% le risque d'infection par le VIH, ne signifie pas pour autant que le traitement préventif sera disponible demain sur le marché français, comme c'est déjà le cas aux Etats-Unis depuis 2012.

Une étape intermédiaire

«L’association AIDES a demandé à l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) que soit accordée une recommandation temporaire d'utilisation (RTU) élargissant  les conditions d’accès au Truvada pour les personnes vulnérables au VIH. Nous espérons que ces résultats vont accélérer le processus», révèle Bruno Spire, président de AIDES et co-investigateur de l’essai«La demande est en cours d'instruction, une première réunion du comité scientifique spécialisé a déjà eu lieu fin janvier», assure l'ANSM, qui précise que «les résultats de l'étude Ipergay vont aider à instruire la demande».

Cette RTU, qui pourrait être accordée d'ici quelques mois, serait peut-être une étape intermédiaire avant une autorisation de mise sur le marché (AMM). Mais «aucune AMM ne peut être délivrée à un médicament si le laboratoire qui le commercialise n'en fait pas la demande, rappelle l'ANSM. Et à ce jour, Gilead n'en a pas formulée». Contacté par 20 Minutes, le laboratoire américain n'a pas répondu à nos sollicitations.

Ne pas relâcher la prévention

«Ces très bons résultats ont été obtenus chez des HSH à haut risque d’infection par le VIH qui n'utilisent pas systématiquement le préservatif», indique le professeur Jean-Michel Molina, qui a coordonné l'étude. Le médecin souligne toutefois que 34% des participants ont contracté au cours de l'étude une autre infection sexuellement transmissible (gonorrhée, syphilis, hépatite C ou chlamydia). «Il est important, insiste-t-il, de ne pas relâcher les politiques de prévention qui ont fait leur preuve: utilisation systématique du préservatif, dépistages réguliers du VIH et des autres IST, et leur traitement».

Chaque année, environ 6.400 nouveaux cas de VIH sont déclarés en France. 43% d'entre eux concernent des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).