Un bébé nouveau-né (illustration).
Un bébé nouveau-né (illustration). — DIDIER PALLAGES / AFP

GENETIQUE

Génétique: En Grande-Bretagne, les enfants pourront désormais avoir trois géniteurs

Un projet de loi autorisant la conception de bébés à partir de trois ADN doit être adopté ce mardi...

Un papa et deux «mamans». Après la gestation pour autrui (GPA), la Grande-Bretagne s’apprête à porter un nouveau coup à la famille traditionnelle. Voté par la Chambre des communes le 3 février, un projet de loi autorisant la conception de bébés à partir de l’ADN de trois géniteurs doit être adopté définitivement ce mardi par les Lords. S’il a pour but d’empêcher la transmission de maladies graves et ne concerne qu'un nombre limité de femmes, il rencontre tout de même une forte opposition. 20 Minutes fait le point.

En quoi consiste cette manipulation génétique?

Les médecins appellent cela le remplacement mitochondrial. Les mitochondries, ce sont des organites présents dans les cellules. Défectueuses, elles sont à l’origine de maladies dégénératives graves et d'autres maladies telles que le diabète ou la myopathie. La technique britannique consiste, dans le but d'éviter toute transmission, à retirer la mitochondrie défectueuse de l’ovule de la mère pour la remplacer par une mitochondrie saine provenant d'une autre femme. Après avoir été fécondé par le sperme du père en laboratoire, l'ovule est ensuite implanté dans l'utérus de la mère. L'enfant à naître héritera donc génétiquement de trois personnes différentes. Toutefois, le risque qu'il ressemble physiquement au donneur est nul: l'ADN mitochondrial représente moins de 1% de la quantité totale d'ADN contenue dans une cellule humaine.

Pourquoi cette technique suscite-t-elle des critiques?

«Elle pose des problèmes juridiques et médicaux», résume le professeur Jean-Paul Bonnefont, responsable du laboratoire de génétique moléculaire à l’hôpital Necker. Le problème juridique a été soulevé par des eurodéputés, qui assurent que le remplacement mitochondrial enfreint la législation européenne. Une directive européenne stipule en effet qu’«aucun essai de thérapie génique ne peut être entrepris s’il conduit à une modification du patrimoine génétique de la personne». Un argument balayé par les Britanniques. Du côté des médecins, certains s’inquiètent des conséquences éventuelles que pourrait avoir cette technique sur les enfants conçus de cette manière; ne risque-t-elle pas de favoriser le développement de cancers? «Aujourd’hui, on ignore ses effets à moyen et long terme, que ce soit sur l’animal ou sur l’homme», avance le professeur Bonnefont. A ces deux problèmes s’ajoute enfin un questionnement moral. «Une fois cette frontière éthique franchie […], il deviendra difficile de ne pas franchir les étapes suivantes pour aboutir à un monde de bébés fabriqués sur mesure», a notamment alerté David King, directeur de l’association Human Genetics Alert.

La France pourrait-elle s’y mettre?

Depuis des années, la France privilégie le diagnostic préimplantatoire (DPI) pour prévenir le développement de maladies génétiques. Avec un pourcentage de réussite similaire à celui du remplacement mitochondrial (15 à 20%), selon le professeur Bonnefont. Problème: «Cela fait au moins dix ans que l’efficacité du DPI n’a pas évolué», assure-t-il. La France pourrait-elle alors choisir une autre voie? Le médecin n’y croit pas, ne serait-ce qu’en raison de la législation française, très stricte en la matière. Pour autant, si la Grande-Bretagne devait adopter son projet de loi, «il n’y a pas de raison qu’une Française ne puisse pas traverser la Manche» pour se soumettre à un remplacement mitochondrial, poursuit-il. Une étape s’imposera alors à elle: passer devant l’organisme britannique responsable en matière de bioéthique, le Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA).