Pourquoi le cannabis donne-t-il faim?

DROGUE Des chercheurs américains ont découvert pourquoi la consommation de cannabis stimule l'appétit...

Anissa Boumediene

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no caption — M.Libert/20 Minutes

Elle est irrépressible et inévitable. Les consommateurs de cannabis la connaissent bien: la fringale, qui se fait toujours sentir après un joint. Pourquoi? C'est la découverte qu'ont faite des chercheurs de l'Université de Yale au cours d'une étude publiée ce mercredi dans la revue Nature.

Faire croire au cerveau que l'organisme a faim

La cause de cette sensation de faim à laquelle le consommateur de cannabis ne résiste pas est à chercher du côté de certaines cellules cérébrales: les neurones à pro-opiomélanocortine, ou POMC. Normalement, ces neurones envoient un message de satiété au cerveau quand l'organisme est repu. Mais, en étudiant le cerveau de souris exposées aux cannabinoïdes, les chercheurs américains ont constaté que ces POMC n'agissaient pas normalement. Sous l'influence du cannabis, au lieu de signaler la satiété, ces neurones envoient le message inverse en sécrétant des endorphines. Résultat: le cerveau croit que l'organisme a faim, même s'il est plein comme une huître. 

«C’est comme si en appuyant sur la pédale de frein d’une voiture, elle se mettait à accélérer, explique Tamas Horvath, professeur en neurobiologie à l’université Yale. Nous avons été surpris de découvrir que les neurones que nous pensions responsables de la satiété étaient subitement activés pour stimuler la faim, même quand vous êtes plein. Le cerveau est dupé».

Des applications médicales

Si les chercheurs se sont penchés sur cette problématique a priori insolite, c'est pour ses applications concrètes sur le plan médical. Cette découverte pourrait améliorer le quotidien de malades dont le traitement entraîne une forte baisse d'appétit. Notamment les patients en chimiothérapie et ceux qui sont atteints du Sida. Dans une précédente étude, le Pr Horvath avait découvert que la consommation de cannabis stimulait le bulbe olfactif, ce qui, en plus d'intensifier le goût et l'odorat, joue également sur la quantité de nourriture ingérée.

Après les résultats encourageants de l'étude menée sur les souris, les chercheurs ont désormais besoin de déterminer si les mêmes effets se reproduiront sur l'homme.